vendredi, février 22, 2008

In girum imus nocte et consumimur igni

Ca puait la bonne conscience et la révolte calibrée, de 18 heures à minuit et quart ; voire 6 heures pour ceux-elles qui choisirent d'y passer la nuit. L'indignation convenue, mise en spectacle, France 3, Augustin Legrand, RTL, Matthieu Kassovitz, l'entrefilet dans le Libé du lendemain.

C'était glauque à n'en plus finir et triste à n'en plus pouvoir. C'était proprement insignifiant cette "Nuit solidaire pour le logement". L'impression d'être en live dans le Truman Show ou dans un épisode de South Park, entre vrais-faux hippies, bourgeoises décaties venues se payer le frisson en faisant la queue avec des SDF pour un bol de soupe populaire, récupérateurs venus tracter pour les prochaines municipales, chanteurs sans voix, sans talent, clones ayant mal digéré les pires clichés de Noir Dés', Tryo et Saez, guitare reggaeisante, multiplication de mots de plus de trois syllabes, voix chevrotante allant chercher des aigus que Freddie Mercury n'aurait même pas tentés.

La certitude d'éprouver dans sa chair la Société du spectacle, quand la contestation n'est que le versant consubstantiel de l'essence-même de ce que la révolte prétend combattre et ne se pose même plus la question de sa prostitution. "A l'acceptation béate de ce qui existe peut aussi se joindre comme une même chose la révolte purement spectaculaire : ceci traduit ce simple fait que l'insatisfaction elle-même est devenue une marchandise..."

Ce n'était pas tant de la tristesse que de la fausse joie qui se monte en épingle et s'auto-alimente, dans le spectacle de ce non-événement. Un militant qui balance quelques confettis sans pour autant faire semblant d'y croire. Une soirée à l'image des pétards mouillés qui furent tirés et que personne n'eut la sagesse de prendre pour des feux d'artifices. Des ballons de baudruche aussi noirs que le deuil. Une révolte qui ne cherche même plus à sauver les apparences, qui sait qu'elle a déjà tout perdu et se paie l'enterrement de première zone. Un gars qui a une idée de génie, d'artiste, prend la couverture de survie qui était gracieusement distribuée et qu'il fallait gracieusement remettre à la sortie, l'accroche au dessus d'une bouche d'aération et regarde le vide créé par le souffle sur le simili or. Un karaoké de Johnny sur la grande scène. Que je t'aime repris en choeur. La foule appaludit le discours d'un représentant de la CFDT "qui s'est toujours battue pour le sort des plus démunis". Ca dégouline de charité, de complaisance et d'autosatisfaction. Ca ne sort surtout pas des espaces préétablis de remise en cause institutionnels. "Si nous sommes là cette nuit, c'est pour faire entendre notre voix et rappeler au Gouvernement que ...".

Nous étions là, ce soir, avec quelques ami-e-s et quelques bières. On s'est fendu la gueule comme rarement, étourdi-e-s par le spectacle du Néant. Gloire au Thib, à la Poï-cube, au Boulbi, à la Nothing et à son mec, apprenti Jérôme Kerviel. Une soirée d'enfer, paradoxalement.

Et si nous avons vu une nouvelle fois que l'enfer, le vrai, est pavé de bonnes intentions, je ne vois pas pourquoi le paradis ne le serait pas de mauvaises.

Nous tournons en rond dans la nuit et nous sommes dévoré-e-s par le feu.

On l'a pas voulu, mais c'est la guerre.





Et Que Vive la Révolution.

A Paris un soir de semaine, Place de la République, transformée en vrai petit campement de fanfareux et de bobos blaireaux, quand l’alcool n’y est pas toléré, peut-être n’étions nous pas assez engagés, peut-être étions nous des faux, de vrais jeunes cons plus vraiment jeunes.

Il y avait de ces sons mal réglés qui nous grognaient un peu dans les oreilles, de ces cymbales de fête populaire sans engouement ni mélodie, nous étions des gorgées de vin rouge aux lèvres, à regarder la République s’épancher de vide et d’artifices colorés. Une pluie de confettis sur nos cheveux usés, des bouts d’associations agrippés aux statues habillées de couvertures dorées. Les matelas étaient-ils vraiment jaunes de pisse ?

France 3 comme un France 3 de Savoie avait-il dit, de ses mains à tagger la poussière, des pauses vessies à vider sur les pneus des voitures moches, et l’ennui qui nous colle aux basques, repartir vite de cet endroit dégueulasse d’un rien qui ne nous ébranlera pas, encore du vin, aller chercher de la bière, boire un peu ensemble, c’est déjà ça. L’alcool de nos sourires énervés comme un rempart au vide agaçant d’un mouvement essoufflé, ébranlé. Il est où le Canal St Martin Augustin ?

« Ca va Mademoiselle, vous avez l’air d’avoir froid ?
Je trouve qu’il fait cru aujourd’hui dans la maison, non ?
C’est possible… »

C’est possible de bien cuver sagement, le cul posé à la Maison des Associations, à trembler de trop de vin rouge dans les veines, le bide usé, à maudire le Ubi et le Thib qui m’abandonnèrent lâchement au milieu d’une petite foule boiteuse de rires de fête d’une pauvreté caressée de caméras débiles, d’odeurs de frites grasses, de merguez humanitaires.

Le téléphone sonne et Cyrille voudrait boire un verre avec moi, pour parler de Pulp, tu y crois toi à ça, un philosophe qui veut parler avec moi de Charles, peut-être qu’il veut me sauter, que je le suce, me prendre par le cul, se taper un quart d’heure de bite gonflée… Pourquoi voudrait-il me parler, je ne suis qu’une petite fille stupide moi, Monsieur, une connasse de fonctionnaire diplômée d’un 4 ans de rue mancharde.

Et les gens m’emmerdent à me détruire les quelques mots qui sortent du cerveau ébouriffé d’un retour en train vinassé seule. La bouteille de vin suspendue aux lèvres déjà noircies des gorgées de notre petite soirée, accoudée au sac, je sais pas où j' vais, le type d’en face me regarde descendre le vin rouge avec gêne, je suis seule parce qu’ils m’ont lâché, les types de tout à l’heure, avant j’étais pas si seule, j’étais avec eux, là ça peut vous surprendre, vous écoeurer, mais je termine juste la soirée, j’aime pas les soirs de retour, j’aime pas vraiment rentrer et puis le vin rouge c’est plutôt bon et puis vraiment, vous savez j’avais encore envie de parler, se sourire un peu, qu’ils restent avec moi les garçons et puis merde, poser mes yeux sur mes genoux, regarder par la fenêtre le noir des villes, attendre que le train s’arrête. J’ai pas pensé à faire attention de ne pas chuter en sautant du train, j’ai même pas tangué dans les marches, j’étais légère et bien bourrée, peut-être bien que je marchais plus vraiment droit, je sais pas, je voulais juste que vous soyiez encore là.

Me cracher dans les bras d’un trader qui l’est pas, sans raison, comme si j’étais chiante ou impolie, comme si je méritais ça un peu quelque part, comme si toi tu t’étais vengé un peu des lapins que je sème si souvent, comme si la solidarité vous avait effleuré et que tacitement il fallait bien m’abandonner un peu, que je ramasse la monnaie de mes écarts.

Et fuck ces rassemblements merdeux, et la fatigue qui en découle et l’envie de vous revoir aujourd’hui, d’aller se poser près dla gare, à se lire Libé, Charb, boire une pression, regarder Lucien faire le con, prendre le temps de bien glander, bouffer des cacahuètes. J’ai froid, tu crois que c’est du froid d’alcool ?

Et l’excellent soleil qui vient se coller à mon dos tout voûté, et me réchauffe un peu le clavier, qu’il reste, que je puisse me poser en terrasse ce soir, que Lucien puisse courir un peu, que je puisse savourer cette journée que je veux agréable, de ces journées légères des soirées passées où les gens peuvent vous glisser sans rien du sourire dans les poches.

Tu sais, j’ai dit oui au philosophe, pour un verre, j’ai trop bu hier, aujourd’hui je suis pas bien à l’endroit, et puis m’appeler au taf comme ça, tu crois que ça craint, qu’il va croire pouvoir me choper la cuisse de ses mains d’homme, me salir les lèvres d’un baiser piquant, j’ vais quand même pas me faire sauter par un adepte de la branlette intellectuelle, un parvenu de Neuilly, juste parce qu’il en a envie et peut-être bien qu’il en a pas envie du tout non plus, je ne suis pas qu’une petite chatte maquillée sur pattes, peut-être qu’il s’imagine que je sais parler… Je ne suis pas un dévidoir de luxe après tout, je suis une petite poule en fin de carrière, un ptit machin en construction de rides et de fesses trop grosses, une vieille bique. Le soleil s’est cassé, ont-ils tous dormi sur la Place, ont-ils veillé en fanfare et farces et attrapes ? Ils z’auront peut-être un joli reportage à la télévision ces cons, la populasse verra et approuvera et la misère disparaîtra, la paix envahira le monde, les fleurs pousseront et nous irons mains enlacées d’un amour fraternel poser nos derrières sur le bitume, les yeux tendus vers un ciel redevenu si bleu, la paix devancera la mort.

Et le petit sac à dos grungé ne cassera plus de verre, les gamins et les chiens se rouleront à nouveaux sur le bitume salasse de la Place, l’alcool cèdera la place au jus de fruit bio du ptit producteur parisien de la cour d’en face, nous sourirons aux médias, tout ira bien, nous serons éclatants de joie, sinon ben on peut continuer à boire des fois plus qu’il ne faut, lâcher la raison au garage, continuer à être con, à croire en la révolution, à pas toujours être sérieux, à se camoufler dans les rêves, à ne pas jeter de pétards colorés ailleurs que pendant les matchs de foot, à se faire de jolis gâtés d’amour tendre sans être baboss, à jouer les sodomites violents, et je vois les ballons noirs au dessus de vos têtes et les filles qui rient joyeusement, comme elle est étrange cette soirée de solidarité sociale…

Miss Nothing



Didier Super - On va tous crever

3 commentaires:

birahima2 a dit…

beau c'est beau

ubifaciunt a dit…

glauque c'était glauque

Dadu Jones a dit…

Pour aérer la plomb sans totalement sortir du sujet, je vous recommande, messieurs et mesdames, de l'humour belge...

http://www.dailymotion.com/relevance/search/jaadtoly/video/x19vlu_bcbg-reservation_fun

Ouais, je sais, ça fait une longue adresse sa mère.