Ca puait la bonne conscience et la révolte calibrée, de 18 heures à minuit et quart ; voire 6 heures pour ceux-elles qui choisirent d'y passer la nuit. L'indignation convenue, mise en spectacle, France 3, Augustin Legrand, RTL, Matthieu Kassovitz, l'entrefilet dans le Libé du lendemain.
C'était glauque à n'en plus finir et triste à n'en plus pouvoir. C'était proprement insignifiant cette "Nuit solidaire pour le logement". L'impression d'être en live dans le Truman Show ou dans un épisode de South Park, entre vrais-faux hippies, bourgeoises décaties venues se payer le frisson en faisant la queue avec des SDF pour un bol de soupe populaire, récupérateurs venus tracter pour les prochaines municipales, chanteurs sans voix, sans talent, clones ayant mal digéré les pires clichés de Noir Dés', Tryo et Saez, guitare reggaeisante, multiplication de mots de plus de trois syllabes, voix chevrotante allant chercher des aigus que Freddie Mercury n'aurait même pas tentés.
La certitude d'éprouver dans sa chair la Société du spectacle, quand la contestation n'est que le versant consubstantiel de l'essence-même de ce que la révolte prétend combattre et ne se pose même plus la question de sa prostitution. "A l'acceptation béate de ce qui existe peut aussi se joindre comme une même chose la révolte purement spectaculaire : ceci traduit ce simple fait que l'insatisfaction elle-même est devenue une marchandise..."
Ce n'était pas tant de la tristesse que de la fausse joie qui se monte en épingle et s'auto-alimente, dans le spectacle de ce non-événement. Un militant qui balance quelques confettis sans pour autant faire semblant d'y croire. Une soirée à l'image des pétards mouillés qui furent tirés et que personne n'eut la sagesse de prendre pour des feux d'artifices. Des ballons de baudruche aussi noirs que le deuil. Une révolte qui ne cherche même plus à sauver les apparences, qui sait qu'elle a déjà tout perdu et se paie l'enterrement de première zone. Un gars qui a une idée de génie, d'artiste, prend la couverture de survie qui était gracieusement distribuée et qu'il fallait gracieusement remettre à la sortie, l'accroche au dessus d'une bouche d'aération et regarde le vide créé par le souffle sur le simili or. Un karaoké de Johnny sur la grande scène. Que je t'aime repris en choeur. La foule appaludit le discours d'un représentant de la CFDT "qui s'est toujours battue pour le sort des plus démunis". Ca dégouline de charité, de complaisance et d'autosatisfaction. Ca ne sort surtout pas des espaces préétablis de remise en cause institutionnels. "Si nous sommes là cette nuit, c'est pour faire entendre notre voix et rappeler au Gouvernement que ...".
Nous étions là, ce soir, avec quelques ami-e-s et quelques bières. On s'est fendu la gueule comme rarement, étourdi-e-s par le spectacle du Néant. Gloire au Thib, à la Poï-cube, au Boulbi, à la Nothing et à son mec, apprenti Jérôme Kerviel. Une soirée d'enfer, paradoxalement.
Et si nous avons vu une nouvelle fois que l'enfer, le vrai, est pavé de bonnes intentions, je ne vois pas pourquoi le paradis ne le serait pas de mauvaises.
Nous tournons en rond dans la nuit et nous sommes dévoré-e-s par le feu.
On l'a pas voulu, mais c'est la guerre.
Et Que Vive la Révolution.
A Paris un soir de semaine, Place de la République, transformée en vrai petit campement de fanfareux et de bobos blaireaux, quand l’alcool n’y est pas toléré, peut-être n’étions nous pas assez engagés, peut-être étions nous des faux, de vrais jeunes cons plus vraiment jeunes.
Il y avait de ces sons mal réglés qui nous grognaient un peu dans les oreilles, de ces cymbales de fête populaire sans engouement ni mélodie, nous étions des gorgées de vin rouge aux lèvres, à regarder la République s’épancher de vide et d’artifices colorés. Une pluie de confettis sur nos cheveux usés, des bouts d’associations agrippés aux statues habillées de couvertures dorées. Les matelas étaient-ils vraiment jaunes de pisse ?
France 3 comme un France 3 de Savoie avait-il dit, de ses mains à tagger la poussière, des pauses vessies à vider sur les pneus des voitures moches, et l’ennui qui nous colle aux basques, repartir vite de cet endroit dégueulasse d’un rien qui ne nous ébranlera pas, encore du vin, aller chercher de la bière, boire un peu ensemble, c’est déjà ça. L’alcool de nos sourires énervés comme un rempart au vide agaçant d’un mouvement essoufflé, ébranlé. Il est où le Canal St Martin Augustin ?
« Ca va Mademoiselle, vous avez l’air d’avoir froid ?
Je trouve qu’il fait cru aujourd’hui dans la maison, non ?
C’est possible… »
C’est possible de bien cuver sagement, le cul posé à la Maison des Associations, à trembler de trop de vin rouge dans les veines, le bide usé, à maudire le Ubi et le Thib qui m’abandonnèrent lâchement au milieu d’une petite foule boiteuse de rires de fête d’une pauvreté caressée de caméras débiles, d’odeurs de frites grasses, de merguez humanitaires.
Le téléphone sonne et Cyrille voudrait boire un verre avec moi, pour parler de Pulp, tu y crois toi à ça, un philosophe qui veut parler avec moi de Charles, peut-être qu’il veut me sauter, que je le suce, me prendre par le cul, se taper un quart d’heure de bite gonflée… Pourquoi voudrait-il me parler, je ne suis qu’une petite fille stupide moi, Monsieur, une connasse de fonctionnaire diplômée d’un 4 ans de rue mancharde.
Et les gens m’emmerdent à me détruire les quelques mots qui sortent du cerveau ébouriffé d’un retour en train vinassé seule. La bouteille de vin suspendue aux lèvres déjà noircies des gorgées de notre petite soirée, accoudée au sac, je sais pas où j' vais, le type d’en face me regarde descendre le vin rouge avec gêne, je suis seule parce qu’ils m’ont lâché, les types de tout à l’heure, avant j’étais pas si seule, j’étais avec eux, là ça peut vous surprendre, vous écoeurer, mais je termine juste la soirée, j’aime pas les soirs de retour, j’aime pas vraiment rentrer et puis le vin rouge c’est plutôt bon et puis vraiment, vous savez j’avais encore envie de parler, se sourire un peu, qu’ils restent avec moi les garçons et puis merde, poser mes yeux sur mes genoux, regarder par la fenêtre le noir des villes, attendre que le train s’arrête. J’ai pas pensé à faire attention de ne pas chuter en sautant du train, j’ai même pas tangué dans les marches, j’étais légère et bien bourrée, peut-être bien que je marchais plus vraiment droit, je sais pas, je voulais juste que vous soyiez encore là.
Me cracher dans les bras d’un trader qui l’est pas, sans raison, comme si j’étais chiante ou impolie, comme si je méritais ça un peu quelque part, comme si toi tu t’étais vengé un peu des lapins que je sème si souvent, comme si la solidarité vous avait effleuré et que tacitement il fallait bien m’abandonner un peu, que je ramasse la monnaie de mes écarts.
Et fuck ces rassemblements merdeux, et la fatigue qui en découle et l’envie de vous revoir aujourd’hui, d’aller se poser près dla gare, à se lire Libé, Charb, boire une pression, regarder Lucien faire le con, prendre le temps de bien glander, bouffer des cacahuètes. J’ai froid, tu crois que c’est du froid d’alcool ?
Et l’excellent soleil qui vient se coller à mon dos tout voûté, et me réchauffe un peu le clavier, qu’il reste, que je puisse me poser en terrasse ce soir, que Lucien puisse courir un peu, que je puisse savourer cette journée que je veux agréable, de ces journées légères des soirées passées où les gens peuvent vous glisser sans rien du sourire dans les poches.
Tu sais, j’ai dit oui au philosophe, pour un verre, j’ai trop bu hier, aujourd’hui je suis pas bien à l’endroit, et puis m’appeler au taf comme ça, tu crois que ça craint, qu’il va croire pouvoir me choper la cuisse de ses mains d’homme, me salir les lèvres d’un baiser piquant, j’ vais quand même pas me faire sauter par un adepte de la branlette intellectuelle, un parvenu de Neuilly, juste parce qu’il en a envie et peut-être bien qu’il en a pas envie du tout non plus, je ne suis pas qu’une petite chatte maquillée sur pattes, peut-être qu’il s’imagine que je sais parler… Je ne suis pas un dévidoir de luxe après tout, je suis une petite poule en fin de carrière, un ptit machin en construction de rides et de fesses trop grosses, une vieille bique. Le soleil s’est cassé, ont-ils tous dormi sur la Place, ont-ils veillé en fanfare et farces et attrapes ? Ils z’auront peut-être un joli reportage à la télévision ces cons, la populasse verra et approuvera et la misère disparaîtra, la paix envahira le monde, les fleurs pousseront et nous irons mains enlacées d’un amour fraternel poser nos derrières sur le bitume, les yeux tendus vers un ciel redevenu si bleu, la paix devancera la mort.
Et le petit sac à dos grungé ne cassera plus de verre, les gamins et les chiens se rouleront à nouveaux sur le bitume salasse de la Place, l’alcool cèdera la place au jus de fruit bio du ptit producteur parisien de la cour d’en face, nous sourirons aux médias, tout ira bien, nous serons éclatants de joie, sinon ben on peut continuer à boire des fois plus qu’il ne faut, lâcher la raison au garage, continuer à être con, à croire en la révolution, à pas toujours être sérieux, à se camoufler dans les rêves, à ne pas jeter de pétards colorés ailleurs que pendant les matchs de foot, à se faire de jolis gâtés d’amour tendre sans être baboss, à jouer les sodomites violents, et je vois les ballons noirs au dessus de vos têtes et les filles qui rient joyeusement, comme elle est étrange cette soirée de solidarité sociale…
Miss Nothing
Didier Super - On va tous crever
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vendredi, février 22, 2008
dimanche, janvier 06, 2008
la Commune bande encore, crénom de Dieu !
Une bien belle Zone d'Autonomie Temporaire, que c'était, hier soir.
Le lendemain, 16 heures, j'ouvre la 8.6 rescapée du fond du sac pour retrouver un peu le goût de ces douze heures de folie.
A la base, ça devait être une projection de la Commune de Watkins en version longue et un concert ensuite. Seulement voilà, j'avais déjà vu les 5 heures 45 watkinsiennes et je connais Droit Dans l'Mur par coeur. Moralité, je venais juste là pour les potes-se-s. D'autant plus que l'ami Dadu était de la partie, exilé de sa lointaine Lorraine, et que la Flo, le Jérôme et le Thib aussi, exilés de Paris pour Ménilmontant. Et les autres.
Expo des gens de Regarde à vue, collectif montreuillois, tofs en noir et blanc de 2 mètres sur 1 collées à l'arrach sur les murs du squatt. Gênes, Londres (calling), Paris et l'éternel CPE, Berlin. Et ces gueules de gosses qui sont les mêmes tout ça...
Arrivée des gens, peu à peu, on squatte dehors en buvant force bières, la barricade est construite en prévision du concert, un coup de fil du boulot m'apprend qu'un gosse qui s'était fait perquisitionner et embarquer chez lui par les stups a été relaché pour vice de procédure (ha ha ha, trop graves les keufs...), un coup de fil de Toulouse me confirme que je suis le plus heureux des hommes, et pour le reste, je laisse le Dadu raconter, le Dadu foutrement lucide bien que complètement cuit à 3 heures du mat' quand il écrit ces mots :
"Entrée à la Miroit’, pénitence à genoux à mater des bouts de l’excellente et surréaliste mais utile La Commune de Watkins, et on se retrouve à boire des bières sous le néant de la pluie sur Paris. Classique. Mais j’en viens au gros morcif de la soirée. Droit Dans L’Mur.
Tu sais, moi, les cuivres, même si la fille dont j’ai été amoureux fût un temps, mais marquante à vie, jusqu’à ce que je serai en maison de retraite stupide et inhumaine si mes enfants que je n'aurai jamais me la payent (exercice de conjugaison en vue…) est saxophoniste, moi, les fanfares, c’est pas mon truc. Comme eul’ ska, ça me cause moyen. T’vois, genre la bande de couniards relous qui croient qu’ils sont les Fils De Teuhpu en mieux (ça se peut assez tranquillement, remarque, sur la démarche au moins), bref, pas ma tasse de thé.
Ah mais ouais, mais je ne serais pas sur le Mac d’Ubi (tandis que ce dernier dort scandaleusement) si je n’avais pas été enchanté de ma soirée.
Bref, Droit Dans L’Mur assure la fanfare punk la plus spontanée que je connaisse et me file sous la plante des pieds des boutons bien chiants qui m’obligent à faire le skankeur comic super hero. Ajoute un peu à ça une reprise à vue de nez de Ludwig von 88 (parce que Ludwig, c’est inégalable), ajoute à ça ce genre de pogo que j’aime, collectif, donc bien, celui qui se demande qui est le voisin et prend le temps de sourire avec lui, ajoute à ça ce groupe qui se reprend lui-même à répétition sans scrupules, alors même que l’original n’est pas d’eux (aaaaah…. Carnivore… encore… encore… on ne s’en lasse pas, les images du clip en tête), un sacré putain de putain de bon moment redondant comme on en aimerait plus. Si les JT étaient redondants comme ça, on y reviendrait généreusement, ce qui, en l'état de la presse écrite ou télédiffusée française, hors certaines rares et peu diffusées rédactions -CQFD-, n'est pas ton cas, j'espère... Bref, un concert très humain, avec de touchantes et nécessaires approximations, un truc qui te cause au cœur, ce désir de faire du bien aux gens.
Après, Droit Dans L’Mur sont de sales tricheurs : les cuivres. C'est pas de la soul, non, même si la soul et ses cuivres déchirent une quantité d'anus appréciable. Néanmoins, de près, dans une salle comme la Miroiterie, tu ne peux pas lutter avec la force du vent. Tu vois… quand tu dois éviter avec adresse les largesses matérielles du trombone tandis que des monceaux efficaces de gens en sueur te pogotent gentiment dans le dos, bah vient un temps où tu ressens physiquement la musique, du coup. Enfin, pour être plus exact, tu tentes de ne pas la recevoir en travers de ta gueule. Bon, bah ça, par exemple, c’est un concert, avec les guests qui s’improvisent tout seuls au micro ou ailleurs, en ayant conscience de l’aspect autant génial qu'éventuellement relou de la chose, n’empêche que c’est ça, un vrai concert (hommage au crétin outré qui avait tenté de chourer le clavier de la Bolchevita sur Refuse/Resist à la MJC Bazin à Nancy).
Après viennent aussi les facteurs pas objectifs. Autant la Raïa m'a explosé à la gueule la plus belle et la plus touchante saxophoniste du monde, autant Droit Dans L’Mur m’a fleuri dans la tête la plus belle et la plus touchante tromboniste du monde, aux yeux sentant la noyade. Et j’aime spontanément tout musicien-ne qui, comme elle, ferment les yeux longtemps quand ils jouent, quand ils soufflent. Ils sont là pour toi comme pour eux. Et s’ils ne sont pas là pour eux, yeux clos, ils ne peuvent bien l’être pour toi. Et réciproquement, comme écrivait à foison l’ami Pierre D. Et en plus, elle gueule comme un vrai viking dont un copain me maintient que j’ai des gênes. J'dois avoir un truc interne que je m'explique pas avec les filles qui soufflent dans du cuivre et gueulent, dans les deux cas, comme des vikings...
C’est une forme d’hommage à la con.
Droit Dans L’Mur, du ska fanfare (avec de très très bons passages de chant au mégaphone fort punk juste comme j’aime) qui va bien. Ce n’est pas tant la musique que la démarche qui touche au cœur. Chapeau m’sieurs dames. C’était une gageure que de me faire suer sur ce style de zique.
Je suppose, commentaires internes à l'appui, qu'ils se sont trouvé moyens... moi je dis qu'on s'en branle, y'avait d'la vie, bordel, et globalement, c'est ce qui compte. Merci pour tout !
Sinon retour assez ivres à pied jusque Montreuil avec Ubi et Thibautcho, passage devant le Saint Sauveur, le bar assez inutile des gens de la secte, qui fête son anniv’ (bon bah ok…) et utilisation à outrance sur des affiches/murs non loin du feutre bien cool que Frads le Bon a oublié un jour à la maison à Nancy et qui ne quitte plus mon sac depuis. Ah bah tiens encore un hommage, hop… chants stériles de révoltes passées/actuelles dans la rue humide, paroles alcooliques, et arrivée à Montreuil, et pouf, moi devant ce clavier."
Et une belle moisson de jolies tofs...










les tofs du Thib sont visibles par ici :
http://thibautcho.free.fr/CCXVI/
(OST : Riton la Manivelle - le Chant des ouvriers)
Le lendemain, 16 heures, j'ouvre la 8.6 rescapée du fond du sac pour retrouver un peu le goût de ces douze heures de folie.
A la base, ça devait être une projection de la Commune de Watkins en version longue et un concert ensuite. Seulement voilà, j'avais déjà vu les 5 heures 45 watkinsiennes et je connais Droit Dans l'Mur par coeur. Moralité, je venais juste là pour les potes-se-s. D'autant plus que l'ami Dadu était de la partie, exilé de sa lointaine Lorraine, et que la Flo, le Jérôme et le Thib aussi, exilés de Paris pour Ménilmontant. Et les autres.
Expo des gens de Regarde à vue, collectif montreuillois, tofs en noir et blanc de 2 mètres sur 1 collées à l'arrach sur les murs du squatt. Gênes, Londres (calling), Paris et l'éternel CPE, Berlin. Et ces gueules de gosses qui sont les mêmes tout ça...
Arrivée des gens, peu à peu, on squatte dehors en buvant force bières, la barricade est construite en prévision du concert, un coup de fil du boulot m'apprend qu'un gosse qui s'était fait perquisitionner et embarquer chez lui par les stups a été relaché pour vice de procédure (ha ha ha, trop graves les keufs...), un coup de fil de Toulouse me confirme que je suis le plus heureux des hommes, et pour le reste, je laisse le Dadu raconter, le Dadu foutrement lucide bien que complètement cuit à 3 heures du mat' quand il écrit ces mots :
"Entrée à la Miroit’, pénitence à genoux à mater des bouts de l’excellente et surréaliste mais utile La Commune de Watkins, et on se retrouve à boire des bières sous le néant de la pluie sur Paris. Classique. Mais j’en viens au gros morcif de la soirée. Droit Dans L’Mur.
Tu sais, moi, les cuivres, même si la fille dont j’ai été amoureux fût un temps, mais marquante à vie, jusqu’à ce que je serai en maison de retraite stupide et inhumaine si mes enfants que je n'aurai jamais me la payent (exercice de conjugaison en vue…) est saxophoniste, moi, les fanfares, c’est pas mon truc. Comme eul’ ska, ça me cause moyen. T’vois, genre la bande de couniards relous qui croient qu’ils sont les Fils De Teuhpu en mieux (ça se peut assez tranquillement, remarque, sur la démarche au moins), bref, pas ma tasse de thé.
Ah mais ouais, mais je ne serais pas sur le Mac d’Ubi (tandis que ce dernier dort scandaleusement) si je n’avais pas été enchanté de ma soirée.
Bref, Droit Dans L’Mur assure la fanfare punk la plus spontanée que je connaisse et me file sous la plante des pieds des boutons bien chiants qui m’obligent à faire le skankeur comic super hero. Ajoute un peu à ça une reprise à vue de nez de Ludwig von 88 (parce que Ludwig, c’est inégalable), ajoute à ça ce genre de pogo que j’aime, collectif, donc bien, celui qui se demande qui est le voisin et prend le temps de sourire avec lui, ajoute à ça ce groupe qui se reprend lui-même à répétition sans scrupules, alors même que l’original n’est pas d’eux (aaaaah…. Carnivore… encore… encore… on ne s’en lasse pas, les images du clip en tête), un sacré putain de putain de bon moment redondant comme on en aimerait plus. Si les JT étaient redondants comme ça, on y reviendrait généreusement, ce qui, en l'état de la presse écrite ou télédiffusée française, hors certaines rares et peu diffusées rédactions -CQFD-, n'est pas ton cas, j'espère... Bref, un concert très humain, avec de touchantes et nécessaires approximations, un truc qui te cause au cœur, ce désir de faire du bien aux gens.
Après, Droit Dans L’Mur sont de sales tricheurs : les cuivres. C'est pas de la soul, non, même si la soul et ses cuivres déchirent une quantité d'anus appréciable. Néanmoins, de près, dans une salle comme la Miroiterie, tu ne peux pas lutter avec la force du vent. Tu vois… quand tu dois éviter avec adresse les largesses matérielles du trombone tandis que des monceaux efficaces de gens en sueur te pogotent gentiment dans le dos, bah vient un temps où tu ressens physiquement la musique, du coup. Enfin, pour être plus exact, tu tentes de ne pas la recevoir en travers de ta gueule. Bon, bah ça, par exemple, c’est un concert, avec les guests qui s’improvisent tout seuls au micro ou ailleurs, en ayant conscience de l’aspect autant génial qu'éventuellement relou de la chose, n’empêche que c’est ça, un vrai concert (hommage au crétin outré qui avait tenté de chourer le clavier de la Bolchevita sur Refuse/Resist à la MJC Bazin à Nancy).
Après viennent aussi les facteurs pas objectifs. Autant la Raïa m'a explosé à la gueule la plus belle et la plus touchante saxophoniste du monde, autant Droit Dans L’Mur m’a fleuri dans la tête la plus belle et la plus touchante tromboniste du monde, aux yeux sentant la noyade. Et j’aime spontanément tout musicien-ne qui, comme elle, ferment les yeux longtemps quand ils jouent, quand ils soufflent. Ils sont là pour toi comme pour eux. Et s’ils ne sont pas là pour eux, yeux clos, ils ne peuvent bien l’être pour toi. Et réciproquement, comme écrivait à foison l’ami Pierre D. Et en plus, elle gueule comme un vrai viking dont un copain me maintient que j’ai des gênes. J'dois avoir un truc interne que je m'explique pas avec les filles qui soufflent dans du cuivre et gueulent, dans les deux cas, comme des vikings...
C’est une forme d’hommage à la con.
Droit Dans L’Mur, du ska fanfare (avec de très très bons passages de chant au mégaphone fort punk juste comme j’aime) qui va bien. Ce n’est pas tant la musique que la démarche qui touche au cœur. Chapeau m’sieurs dames. C’était une gageure que de me faire suer sur ce style de zique.
Je suppose, commentaires internes à l'appui, qu'ils se sont trouvé moyens... moi je dis qu'on s'en branle, y'avait d'la vie, bordel, et globalement, c'est ce qui compte. Merci pour tout !
Sinon retour assez ivres à pied jusque Montreuil avec Ubi et Thibautcho, passage devant le Saint Sauveur, le bar assez inutile des gens de la secte, qui fête son anniv’ (bon bah ok…) et utilisation à outrance sur des affiches/murs non loin du feutre bien cool que Frads le Bon a oublié un jour à la maison à Nancy et qui ne quitte plus mon sac depuis. Ah bah tiens encore un hommage, hop… chants stériles de révoltes passées/actuelles dans la rue humide, paroles alcooliques, et arrivée à Montreuil, et pouf, moi devant ce clavier."
Et une belle moisson de jolies tofs...

les tofs du Thib sont visibles par ici :
http://thibautcho.free.fr/CCXVI/
(OST : Riton la Manivelle - le Chant des ouvriers)
chant sème antique :
1871,
commune,
dadu,
droit dans le mur,
fanfare,
miroiterie,
montreuil,
peter watkins,
rock'n'roll,
thibautcho,
ubifaciunt
jeudi, décembre 06, 2007
mes z'ami-e-s, mes z'amours, mes z'emmerdes...
"Ceux qui essaient de pactiser deviendront images.
Ils pâliront.
Ils pâliront aussi soudainement que les photographies que l'on expose à la lumière du soleil sur la table du petit déjeuner.
Cuites et gondolées à midi.
Lambeaux crevés lors de la rosée nocturne qui amène le lendemain."
Pascal Quignard, les Ombres errantes.

Me revoir, y a dix ans, à son âge, illusions qui minent le crâne, insouciance, premières manifs, premières émeutes, et le talent brut qui renverse tout sur son passage. Se croire (presque) éternel. Courir partout, happer et vomir le monde dans un immense éclat de rire ; une rage élémentaire, primale et salutaire.
Le temps des photos jaunies aux cheveux longs idées courtes, au t-shirt guévariste et à l'éternel keffieh.
Se chercher, vaguement aussi ; donner un sens à ce tout ça qui embrouille un peu mais semble faire sens dans les yeux et les mots de quelques autres.
Et des rencontres, fatalement. Premières manifs loin de la ville natale, avec des historiques-hystériques qui m'en apprirent plus en une nuit que... Des repas où le couteau rouillé trancha le pain de l'amitié. Des moments où les corps se rapprochent, se serrent dans l'intimité des gaz et des pavés qui volent sous nos rires. Apprendre, recevoir, toujours.
Et puis le temps passe, la Moselle continue à couler, premiers gros coups dans la gueule, premières gardav', le sourire des vieux briscards face à cet autre baptême du feu, leurs conseils, leurs présences. Mon chemin avec le leur qui m'ouvre parmi les plus belles bibliothèques que je connaissse.
Faire un bout de mon chemin, seul, porteur de cet héritage.
Et rencontrer ce gamin, l'oeil collé au viseur, m'éprendre d'affection pour son talent, puis pour ce gosse lui-même. Et l'amitié. Et transmettre, à ma manière. Comme un hommage. Comme un devoir.
Me revoir, y a dix ans, à son âge...
(OST : Sabac Red - Fight until the end)
Ils pâliront.
Ils pâliront aussi soudainement que les photographies que l'on expose à la lumière du soleil sur la table du petit déjeuner.
Cuites et gondolées à midi.
Lambeaux crevés lors de la rosée nocturne qui amène le lendemain."
Pascal Quignard, les Ombres errantes.
Me revoir, y a dix ans, à son âge, illusions qui minent le crâne, insouciance, premières manifs, premières émeutes, et le talent brut qui renverse tout sur son passage. Se croire (presque) éternel. Courir partout, happer et vomir le monde dans un immense éclat de rire ; une rage élémentaire, primale et salutaire.
Le temps des photos jaunies aux cheveux longs idées courtes, au t-shirt guévariste et à l'éternel keffieh.
Se chercher, vaguement aussi ; donner un sens à ce tout ça qui embrouille un peu mais semble faire sens dans les yeux et les mots de quelques autres.
Et des rencontres, fatalement. Premières manifs loin de la ville natale, avec des historiques-hystériques qui m'en apprirent plus en une nuit que... Des repas où le couteau rouillé trancha le pain de l'amitié. Des moments où les corps se rapprochent, se serrent dans l'intimité des gaz et des pavés qui volent sous nos rires. Apprendre, recevoir, toujours.
Et puis le temps passe, la Moselle continue à couler, premiers gros coups dans la gueule, premières gardav', le sourire des vieux briscards face à cet autre baptême du feu, leurs conseils, leurs présences. Mon chemin avec le leur qui m'ouvre parmi les plus belles bibliothèques que je connaissse.
Faire un bout de mon chemin, seul, porteur de cet héritage.
Et rencontrer ce gamin, l'oeil collé au viseur, m'éprendre d'affection pour son talent, puis pour ce gosse lui-même. Et l'amitié. Et transmettre, à ma manière. Comme un hommage. Comme un devoir.
Me revoir, y a dix ans, à son âge...
(OST : Sabac Red - Fight until the end)
chant sème antique :
thibautcho,
ubifaciunt
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