vendredi, septembre 28, 2007

Foucault (non, pas Jean-Pierre, l'autre !!!)


J'écoutais Michel Foucault, hier soir. Ca fait du bien, sacrément du bien, une petite pause d'intelligence et de "bon sens", comme dirait l'autre abruti. Parce que si le bon sens est la chose la mieux partagée au monde, la vilaine société elle est pas trop partageuse. Mais c'est une autre histoire.

Foucault, donc. "Les Hétérotopies" et "l'Utopie du corps", deux conférences radiophoniques diffusées sur France Culture les 7 et 21 décembre 1966 (CD, INA mémoire vive, réf : IMV056 NT92). A l'époque où France Cul, ça voulait dire quelque chose. Pas avec Alexandre Adler qui chronique au matin... Un peu comme y a quelques années quand arrivaient enfin les émissions de la nuit de France Cul, les rediffs d'entretiens improbables ou les conférences sur le statues de sable en Mésopotamie. Ces rediffs qui commmençaient par un jingle hallucinant où un mec disait "il y a les régions ouvertes de la halte transitoire (gares, cafés..) et les lieux fermés du repos et de chez soi".

Ce mec des régions ouvertes de la halte transitoire, c'est Foucault, au début de sa conférence sur les hétéropies. Ca commence comme ça : "Il y a donc des pays sans lieu et des histoires sans chronolgie". Tout ce qui naît dans la tête des hommes et dans l'interstice des mots.

Arrive une splendide exemple des contre-espaces, ces lieux détournés de leur usage, ces utopies localisées : plus que le fond du jardin ou le grenier, c'est le grand lit des parents. Pour les gosses, c'est l'océan puisqu'on peut y nager, c'est le ciel puisqu'on bondit sur les ressorts, c'est la nuit puisqu'on peut devenir fantômes entre les draps, c'est "le plaisir enfin, pusqu'à la rentrée des parents, on va être punis".

Bon, ensuite ça s'embrume un peu. Il était tard j'étais fatigué, je prenais plus trop de notes. En résumé ça donnait ça.

Il n'y a pas une société qui ne construise ses hétérotopies. Par exemple les sociétés primitives ont des lieux sacrés pour les gens en crise biologique (maisons spéciales pour femmes en couche) alors que pour nous, les premières manifestations de la sexualité ont lieu en-dedans de la société.

Là ça devient carrément le bordel dans mes notes. "Rapport entre les maisons de retraite, l'oiseveté et la déviation constante"." Le téléphone a substitué un réseau arachnéen bien plus subtil la maison de nos aïeux".

Les cimetières, par contre, c'est vachement intéressant (ça rejoint Ariès, Vovelle et Morin). On pense pas assez au fait que les cimetières sont construits à la limite des villes, officiellement pour virer les infections, mais surtout pour éloigner la mort du regard, principalement au XIXème ; d'où le drame de 1914, quand un siècle de volonté d'éloignement de la mort resaute à la face de l'Occident.

Ensuite ça parle des tapis et des jardins en Orient, "juxtaposition d'espaces incompatibles". Ah tiens les romans seraient nés dans les jardins... "L'activité romanesque est une activité jardinière". Sur le coup j'ai capté mais là, impossible de réexpliquer pourquoi. Merde alors.

Je zappe un peu la suite, manque de m'endormir et sursaute à l'écoute de la conclusion, une merveille absolue de clôture, de style, d'ouverture, d'intelligence, de perfection. Je la réecoute, encore et encore. Putain que c'est beau.

"On voit pourquoi le bateau a été pour notre civilisation, depuis le XVIème siècle jusqu'à nos jours, à la fois non seulement, bien sûr, le plus grand instrument de développement économique, mais surtout la plus grande réserve d'imagination. Le navire, c'est l'hétérotopie par excellence. Les civilisations sans bateaux sont comme les enfants dont les parents n'auraient pas un grand lit sur lequel on puisse jouer ; leurs rêves alors se tarissent, l'espionnage y remplace l'aventure, et la hideur des polices, la beauté ensoleillée des corsaires."

2 commentaires:

hellohlala a dit…

assez marrante cette note dans la déliquescence du sommeil qui brouillasse le propos du philosophe.
La fille dont je te parlais (com du 25 sept./ régularisation, la mienne de fille), a tourné toute l'année avec un spectacle Théâtre "Foucault 71", coécrit, co-mis en scène, co-joué par cinq comédiennes. L'argument en est une année de la vie de Foucault, 1971.Rencontre avec Sartre, Fondation de Libé, etc. et Joué au Festival d'Avignon.
Elles vont écrire l'épisode #3.

ubifaciunt a dit…

"Je vous parle d'un Temps
Que les moins de vingt ans..."

Ils se sont racontés quoi les deux bigleux lorsqu'ils se sont rencontrés ? T'as une invit' pour le pestacle ???


nb : Vaut-il mieux avoir tort avec Sartre que raison avec Christine Arron ?