dimanche, juillet 08, 2007

la plus belle manif du monde ?

(kassdédi à Flora)




VERSION ME MYSELF I :

J’en ai encore les yeux qui s’embrument, les poils qui se hérissent & les chaussettes qui puent. Si j’avais cru qu’un jour, en manif sauvage de malade, on puisse choisir de monter sur la Butte à 2 heures du mat’ pour le plus beau des hommages. Tout avait commencé comme dans un rêve, sortie du boulot à 19 heures, rencard chez un pote pour passer enfin une soirée tranquille à se miner tranquillement la gueule en écoutant de la ‘zique & blam, ambiance chelou dans le métro, trop de stations fermées & des regards appuyés. Coups de fil en pagaille, à peine le temps de s’envoyer notre boutanche de muscadet rituelle apéritive, départ à quatre de Montreuil en vélo direction Bastille.

Et là... foule compacte (2000 au plus fort de la manif selon France-Un-Faux, ah ah ah !!!), ahurissante, joyeuse, vivante. On y va, on sait pas où, on ne le saura jamais, mais on y va. Opéra, Assemblée Nationale (occup’ foirée de peu), Sénat (occup’ foirée de peu), Saint Germain, je peste contre le passage rituel à la Sorbonne où heureusement on ne reste pas longtemps, Matignon fin bloqué comme l’Elysée, dans la rue descendez, Paris révoltée, c’est mieux qu’à la télé... Châtelet, où qu’on va, au Nord au Nord, idée qui commence à germer, yes, le Sébasto, tension de quelques instants bikoz y en a qui veulent repiquer sur Répu (dont des RG déguisés en totos...) & non, passage par Barbès, re-hésitation Boulevard de Clichy, filer tout droit ou ... ?

Quelques déterminé-e-s dont je suis n’en peuvent plus, s’époumonent & c’est parti, on monte par la rue Lepic, ça commence à parler ouvertement du symbole Communard, la butte est à nous, on arrive au Sacré-Cœur, ivresse collective d’environ 3000 personnes, ça tague comme jamais sur l’immondice expiatoire : 1871, sous ces pierres, nos morts – la Commune bande encore, crénom de Dieu ! Un feu immense & une fabuleuse Internationale donnent au 18 mars une résurrection improvisée. Emu aux larmes, je ne cherche même pas à cacher mes pleurs. Les lumières de la ville en contrebas, le feu, les CRS qui ont dû descendre de leurs cars & monter à pied hé hé, la nuit & les poings tendus, l’histoire & le présent, nous restons une bonne demi-heure, je pense à des milliards de trucs, cette éternelle France rebelle qui rejoint en pleine nuit presque sans le savoir un de ses symboles les plus intimes, cette vie depuis un mois & demi, toi qui n’es pas là & avec qui j’aimerais tant partager quelques secondes de ce moment magique, ces sourires sur toutes les bouches, le concert de dimanche, cette Internationale qui est le genre humain, ces bâtons de dynamite que j’aimerais tant avoir, ces mots que j’écris pour lutter contre l’oubli.

La suite n’est qu’une longue descente.

Aujourd’hui, 19 heures 10, le meilleur pinard au monde, un Savagnin du Jura, que je viens de déboucher pour fêter ça, le reste, la vie, l’amour, la lutte & les mots. Nous n’avons pas encore marché sur Versailles, sans doute que ça va pas tarder, nous avons juste eu besoin de rendre le plus bel hommage à nos mort-e-s. Un truc pas prévu, sans orga, sans chef, sans rien d’autres que nos cœurs aussi rouges que le temps des cerises & noirs que le deuil que nous portons depuis 1871.





VERSION DU MONDE :

A Paris, une joyeuse "randonnée politique" nocturne (dimanche 2 avril 2006)

Pendant sept heures, ils se sont vus révolutionnaires, arpentant le pavé parisien dans une manifestation spontanée, joyeuse, parfois extravagante, contre l’annonce de la promulgation de la loi sur le CPE par Jacques Chirac. Partis à quelques centaines de la place de la Bastille, ils se sont retrouvés 4000 à 5000 à jouer au chat & à la souris avec les forces de l’ordre, à chanter, à danser, à hurler des slogans anti-CPE dans la nuit du vendredi 31 mars au samedi 1er avril.

Sitôt terminée l’intervention du chef de l’Etat, des cris avaient retenti : « Tous à l’Elysée ! » Et le cortège s’est ébranlé, vers 20 h 30, avec l’espoir de rejoindre le palais du président. « La rue est à nous », rigolait une étudiante. Mais l’élan révolutionnaire ne pouvait pas grand-chose contre les gardes mobiles, bloquant l’accès au quartier présidentiel, & les manifestants ont navigué d’un côté à l’autre de la Seine, effectuant une « randonnée politique » de plus de 25 km.

Dans une ambiance bon enfant, avec de la musique, des bouteilles de bière & de vin en nombre, ils se sont approchés de lieux symboliques : l’Assemblée Nationale, sur laquelle des dizaines d’entre eux ont uriné pour marquer leur rejet du système démocratique ; le Sénat, où une porte a été violemment secouée ; la Sorbonne, toujours protégée par des barrières anti-émeutes, où des affrontements sporadiques ont eu lieu, avec jets de pierre limités d’un côté, & gaz lacrymogènes mesurés de l’autre ; le Palais de Justice, devant lequel le traditionnel « Libérez nos camarades » a été entonné.

Après le siège de ces institutions, il fallait un objectif plus symbolique encore. Et la troupe, mélange de militants de la gauche radicale (anarchistes, etc.), d’étudiants, de syndicalistes (SUD, FSU, etc.), s’est dirigée vers la butte Montmartre, berceau de la « Commune de Paris » , cette révolte populaire noyée dans le sang en 1871. De bon cœur, en installant une barricade dans les escaliers, en criant « Paris, debout ! Réveille-toi ! », les manifestants ont escaladé la colline. Autour d’un feu de palettes allumé devant le Sacré-Cœur, ils ont chanté l’Internationale. Des anarchistes ont inscrit sur la façade de la basilique un résolu « Vive la Commune ».

La politique n’interdisait pas l’humour. Au premier étage d’un « sexy-show », rue de Clichy, les filles regardaient ce qui produisait autant de bruit. Solidaire avec les « précaires du sexe », la foule a entonné « les filles avec nous, y en a marre de se faire enculer. » Devant l’Opéra, elle a chanté en direction des invités costumés : « les pingouins, avec nous ! » Plus tard, alors que des casseurs s’en prenaient à un Mac-Donald’s, des manifestants ont hurlé : « et un ,et deux, et trois mois fermes ! »

Les casseurs, justement, ont été relativement bien contenus. Mais vers 3 heures, des incidents plus sérieux ont éclaté dans les 9ème et 10ème arrondissements. La permanence du député UMP Pierre Lellouche a été saccagée. Les forces de l’ordre ont dispersé peu avant 4 heures les derniers irréductibles. Sans ménagement, les jeunes interpellés, au moins une quinzaine, ont été violemment matraqués, y compris lorsqu’ils se trouvaient à terre.)





VERSION BRIGADE ACTISTE DES CLOWNS :

Vendredi soir place de la Bastille, l'abromulgation du CPE par le roi des clowns relance la jeunesse française sur la voie du dynamisme.

Suivant les directives du ministère de l'intérieur, les forces de la BAC ont encadré une milice situoyenne d'environ 5000 glorieux samaritains, qui a silloné la capitale du royaume toute la nuit pour vérifier que les honnètes gens avaient bien pris leurs tranquillisants, que les foyers étaient bercés par l'évangile télévisé et que les jeunes dormaient sagement.

Malheureusement des groupes de casseurs équipés de matraques, de casques et d'uniformes noirs ont organisé des blocages dans de nombreux quartiers sensibles. Ces groupes qui se déplacaient dans la ville de manière totalement incontrolée en terrorisant la population avec des sirènes d'un autre temps, ont cherché la confrontation à plusieurs reprises. La BAC a exhorté ces jeunes sans revendication précise à rentrer faire leurs devoirs pour ne pas finir dans la rue. Il semblerait que leurs leaders, déguisés en polytechniciens du XIXème siecle, avaient organisé une "Rave" à l'Opéra Garnier. Après avoir esquissé quelques pas de valse avec eux, un mot d'ordre s'est imposé: "Ils ont transformé la Bastille en Opéra, transformons l'Opéra en Bastille!". S'étant assurée que cette dangereuse élite était confinée dans sa prison dorée, l'épopée historique a poursuivi son cours : Concorde (la colone Vendôme sera pour une prochaine randonnée), Assemblée Nationale où par deux fois la BAC a tenu à soutenir le déblocage du gouvernement, Sorbonne où les iconoclastes enfumeurs qui tiennent toujours le quartier ont été tirés de leur torpeur, Sacré Coeur ou un vibrant hommage pyrotechnique a été rendu aux communards...

Devant le succès de cette nuit blanche, l'opération devrait être reconduite tous les vendredis jusqu'aux vacances du gouvernement et de son chef à Baden-Baden.
Avis aux fêtards, La BAC will be back !


(merci à Thib' et Jérôme pour les tofs
OST : Bolchevita - Cinq heures)

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