lundi, juillet 16, 2007

blue moods...



J’écoute du blues. Georgianna de Champion Jack Dupree. J’ai un peu froid, il fait évidemment nuit dehors. J’ai délaissé Michel Foucault et son Histoire de la folie à l’âge classique pour prendre mon crayon et écrire. Le blues. C’est impossible à écrire, le blues. Ça prend, ça vit plus que n’importe quelle autre musique. C’est la musique à l’état pur. Le son. Tous les opprimés, les mélancoliques et les déchus, ceux à qui il reste une dernière larme d’espoir sont le blues. Ils ne mettent plus leur dernière larme d’espoir dans cette vie qui les a trop déçus, ils la mettent dans deux accords de guitare qui se répètent à l’infini. Darlin’ I love you, y’a qu’un bluesman qui peut chanter ça. Par n’importe qui d’autre, ça sera bidon, insignifiant, et ça voudra séduire. Le bluesman, lui, il s’en fout de séduire. Il chante, il n’a plus que ça à faire, jusqu’à la mort. Des fois, je me demande si ça pourra survivre le blues. Si, à force de répéter les mêmes accords, les mêmes paroles, les mêmes désillusions, les mêmes espoirs, je me demande s’il ne va pas crever, comme ça, de sa belle mort, dans un dernier riff illuminant Memphis, La Nouvelle Orléans ou Sapognes-Feuchères, là-haut, du côté des Ardennes où les feuilles sont si mortes quand arrive l’automne. Regarde la peinture, elle est bien morte depuis longtemps alors elle ne sait que se prostituer avec la vidéo ou l’abstraction pour se donner en spectacle. Faudra que ça lui arrive aussi, au cinéma, un jour ou l’autre. Seulement, comme le dit Johnny "la musiqueuh vivra-a-a tant que vivra le bluuuuuuuues". Oh yeah, vas-y guitare, pleure encore un peu pour moi, pleure mes espoirs perdus, pleure mes femmes barrées sous des cieux forcément plus limpides, pleure ma jeunesse envolée, pleure les jours qui me restent à pleurer, pleure mes ancêtres arrachés à leur terre, pleure les chaînes qui retiennent mes chevilles, mais pleure en chantant. Chante la justice qui viendra demain, chante l’amour qui viendra demain, chante l’espoir qui viendra demain. La désillusion des soirs qui tombent mais qu’on espère passagers, le bonheur d’avoir le droit d’être malheureux, la beauté qui jaillit du fond des larmes de souffrance, des larmes d’un plant de tabac ou de coton qu’il faut arracher, le dernier truc à faire quand il n’y a plus rien à faire, inutile et pourtant si évident, évident mais tellement inutile. Trois ou quatre whiskies plus tard et tout est reparti, ni mieux ni moins bien qu’avant mais avec la certitude d’avoir passé un moment unique et fatal. Répétitif sans jamais l’être puisque chaque accord se nourrit du précédent et annonce le prochain, puisque chaque parole apporte un peu plus de réconfort et de désenchantement, puisque chaque mouvement de tête, de main ou de pied pour battre le rythme te montre que t’es encore en vie, vaille que vaille, et que t’as encore trois minutes devant toi pour te taper un bœuf ou écouter John Lee. Joyeux sans jamais l’être puisque jamais la vie ne peut être joyeuse, agonisant sans jamais l’être puisqu’il y aura toujours, à un quelconque carrefour par une nuit de pleine lune, un moribond prêt à vendre son âme au Diable pour pouvoir te jouer cette foutue musique qui remue tes entrailles et jamais ne crèvera.





(les mains de Champion Jack et les Strange Fruit en tofs...)

4 commentaires:

GrandK a dit…

"strange fruits" hein... br...

Anonyme a dit…

Vewo suo "ubifaciunt" s. d.
Jucundissimum legere scripta tua est! Video te bene valere ibi nunc vivit laborasque. Mox mittam tibi mailum. Vivat blogum tuum! Te basio, vale

ubifaciunt a dit…

@ grandk :

Southern trees bear strange fruit
Blood on the leaves
Blood at the root
Black bodies swinging in the southern breeze
Strange fruit hanging from the poplar trees
Pastoral scene of the gallant south
The bulging eyes and the twisted mouth
The scent of magnolia sweet and fresh
Then the sudden smell of burning flesh
Here is a fruit for the crows to pluck
For the rain to gather
For the wind to suck
For the sun to rot
For the tree to drop
Here is a strange and bitter crop...

ubifaciunt a dit…

ubifaciunt sua carissima "vewo" salutem dedit,

Quomodo uocam tuam audire post sempiterni temporis dulcis est ! Ad stellas rideo fleoque. Mailum tuum expecto.

Te amplecto,

Vale !


nb : (putain, t'es chiée de me faire bosser mon thème qu'a toujours été catastrophique ;-) Scimus uitam esse canem !!!)