jeudi, mars 19, 2009

règles et chleuasme




Des fois, tu te dis que tu fais vraiment le plus beau métier du monde (avec sage-femme et barman).

Cette aprème à Nanterre (pas mes rêves !), avec un groupe de gosses de 15-16 ans autour d'un "Projet sur les luttes contre les discriminations". En gros, on va au ciné ou au théâtre et on tchatche ensuite. Et des fois, on se voit juste pour tchatcher. Comme aujourd'hui. Et je sais plus trop comment on en arrive là, mais le camarade A., pétillant et grandiose d'habitude, demande à ma collègue, un peu gêné et intrigué des hormones : "Au fait, ça vous fait mal quand vous avez vos règles ?". 

D'un coup, les trois potes font moins les marioles. 

Et la I., elle raconte, du coup, dans le silence. 

Cinq minutes plus tard, C. : "Moi aussi, ça me fait mal, quand mon père il m'envoie des règles à la gueule. Même qu'à la fin aussi, j'ai la gueule en sang..." Eclat de rire général qui vient rompre l'attention. C. le rigolard qui trouve toujours la vanne pour détendre l'atmosphère. 

Sauf que là, cinq heures plus tard, en écrivant ces mots, en écrivant SES mots, je me demande s'il ne faudrait pas simplement le prendre au pied de la lettre, que tout ne serait pas si joyeux, surtout à la maison, et que les règles, au sens propre et au sens figuré, ça fasse sacrément mal ; par delà les éclats de rire. 

Plus tard, dans la soirée, avec des plus vieux de 17-18 ans, dehors. La nuit est tombée, ça fait longtemps qu'on s'est pas vus et, l'air de rien, on va discuter pendant une bonne heure. Avec H., celui qu'est un de mes chouchous (c'est mal !), tellement il est fin, brillant de langage, d'humanité et d'humour. L'archétype de ce que j'aimerai que mon futur gamin devienne. Un des trois seuls du tiékar à qui j'ai offert le Requiem des innocents de Calaferte, c'est dire. Celui qui kiffe trop apprendre des mots et qui a claqué un jour un beau "Madame, ne faites pas preuve de procrastination !" à une conseillère de l'ANPE qui lui proposait un rendez-vous le lendemain alors qu'il était arrivé juste avant 18 heures. Et que, du coup, penaude, elle l'avait reçu.

Et donc que je raconte au H. que j'ai appris un nouveau mot. En l'occurrence "chleuasme". Regard interloqué ainsi que celui de ses cinq potes. Et vazy que chacun essaie de deviner ce que ça veut peut bien vouloir dire. Ca dure plus de dix minutes avant que je ne daigne lâcher le morceau et la définition (le fait de se déprécier afin de recueillir les compliments de l'autre. Ex : "-Chuis pas intelligent. -Mais si, euh, arrêteuh....").

Illico, les six gars font : "Ah ouais, on voit... C'est trop un truc de meuf, ça !!!" H. dit que "c'est trop un truc de fou, le français, en fait, si ça se trouve, quand tu sautilles sur trois mètres à cloche-pied, y a un mot qui dit ça et personne ne le sait." Comme la procrastination, le fait de remettre au lendemain ce que tu peux faire le jour même. Le M., il est pas d'accord, il dit que c'est plus simple de dire d'arrêter de remettre au lende.. Finalement, si, il en convient, la procrastination, c'est mieux.

Justement, les filles arrivent. L. et E. Pour une fois, les gars se taisent. Au bout de cinq minutes, elles en seraient presque à s'inquiéter. "Ben non, qu'ils disent, on voulait voir si vous alliez chleuasmer..."

Et qu'après avoir disserté sur la possibilité du verbe "chleuasmer" et de toutes ses conjugaisons, les gars en viennent à parler du dictionnaire. Le H. claque qu'il y a des gens qu'ils le lisent en entier de A jusqu'à Z comme un roman. Que lui s'est arrêté à "âne". Mais que y a des gens ils sont allés jusqu'au bout.

Et qu'ils se sont rendus compte, finalement, "que c'est le zèbre qu'a fait le coup"...














3 commentaires:

Jérôme Leroy(ex maison Smith-Garcia) a dit…

Mon petit camarade libertaire préféré,
merci pour ta belle histoire qui me rappelle vingt années de ZEP à Roubaix où finalement j'ai été très heureux.
Merci pour Chleuasme (j'en ai connu des chleuasmeuses...)
Merci pour ton com chez Causeur.
Et fais gaffe à toi en fin de cortège.
Baci

Dadu Jones a dit…

Wunderbach, comme on dit chez Goethe.

Wedderburn, Kundera, Underground, Hyperbare, comme on dit aussi chez le correcteur d'orthographe de Word pour "Wunderbar".

Ça donne des envies, camarade.

Préexistantes aussi sur le sombre, mais ça donne quand même.

ubifaciunt a dit…

Bon, les amis, un peu encore retourné par la fin de manif parisienne, je vous raconte ça....


(et merci à vous, pour tout)