mercredi, avril 09, 2008

La réalité n'est qu'une hallucination provoquée par le manque d'alcool

Un des plus beaux textes au monde avec une des plus belles chansons au monde :


"Moi aussi, je suis un ivrogne. Je bois chaque fois qu'il le faut. Chaque fois que j'ai eu un peu d'argent entre les mains, je suis d'abord allé boire.

Quand le cahot des défaites infernales de tous les jours vous a jeté sous un pont, logeant sous un pont, nuit après nuit, dans l'odeur des excréments et de la pisse, en butte à la flicaille qui vient vous déloger à grands coups de godasses dans les reins, dites-moi : où trouver la force ?

Quand paraît le matin et que l'on n'ose pas ouvrir l'oeil, le lever vers le ciel, parce qu'on sait d'avance que le ciel n'a rien de bon à vous accorder, qu'on ne trouve même pas le courage de se mettre debout, parce qu'on sait d'avance que cela ne sert strictement à rien, dites-moi, quand on en est à se mentir à soi-même, à se gruger sur cette peur tortillante qui brinquebale dans la poitrine et que l'on voudrait prendre pour de l'indifférence, mes bons humains, dites-moi : à qui demander la force ?

S'il n'y avait pas alors cet alcool des mirages, ce gros pinard épais et noir qui ne coûte pas cher, ce litre qui ne quitte jamais la musette qu'on porte au dos, s'il n'yavait pas cette évasion, cette possibilité de se gaver, de se gorger, de se gonfler d'alcool jusqu'à en dégueuler et à en mourir - mais hélas cela n'arrive pas ! - pourrions-nous vivre ?

À qui demander la force de se regarder tel que l'on est, pendant des mois ou des années : manqué, raté, une loque, un débris, une miette, presque rien... À qui s'adresser, si l'on est un homme comme certains autres, malgré tout, qui a des tripes pour ressentir la douce beauté des soleils qui s'endorment dans le ventre ensanglanté des horizons éclatants, les pluies en gouttes d'or, les neiges dociles et pâles, la vie de notre mère la terre, en quelque sorte...

À qui réclamer la force ?

Le picrate est là."


Louis Calaferte, Partage des vivants








Allain Leprest - le Temps de finir la bouteille

7 commentaires:

thé a dit…

Il n'y a pas de mesure à la mesure des mots. Il ne viendrait à personne l'idée de mettre un frein à la clarté nue de midi en été. Les mots. Silex et diamant.
[ Septentrion (1963) ]
Louis Calaferte

birahima2 a dit…

un texte qui me rend tout à coup "coopérative"( et pas n'importe laquelle).

thé a dit…

Elles ferment les unes après les autres, d'ailleurs, les coops. Sur les frontons , 1936, souvent.

birahima2 a dit…

ia nié panimaiou !
kto éta ?

ubifaciunt a dit…

@ thé : Yep, Septentrion, le début de la fin du partage en couille métaphysqiue du camarade Luigi Calaferte... Relire encore et toujours le Requiem des Innocents, encore et encore....


@ bira : tu parles grec toi ?



et à la bonne vôtre !!!

birahima2 a dit…

quelques bribes de russe, tavariche
mais j'ai pas le bon clavier

j'avais pas cliqué sur le message en amerlok radié.

ubifaciunt a dit…

ahhhh tovaritch....


camarade....


sidrophé (en grec)...