lundi, octobre 08, 2007

paumé dans la tradal...


"Et la sensualité des vies désespérées"

Pour la dernière fois, je me lève. Je lui donne en liquide les vingt euros rituels. J'ai dû lui parler mes désamours, de mes espoirs, de Wong-Kar Waï, ou de Barbara, pour changer. Je lui dis "à bientôt, peut-être". Je me taille, un peu obligé, un peu à regret. Il me salue, puis, dans le couloir, juste avant d’ouvrir la porte, "au fait, monsieur Faciunt, vous avez vu Lost in the translation ? Euh non… Voyez–le." Derniers mots.

Quatre ans plus tard. Je ne l’ai jamais revu, je n’en ai pas vu d’autre, j’ai toujours une croume de 340 euros (ah, la culpabilité, la dette, tout ça…) et je viens enfin de voir Lost in translation. Juste en anglais japonais, version originale non sous-titrée quitte à être encore plus perdu dans la traduction.

Le temps qu’il m’a fallu pour affronter ses derniers mots.

Le temps qu’il leur faut pour s’affronter, cette première scène au bar, au bout d’une heure, ils se (re)trouvent, tant d’espace entre eux deux. Il lui allume sa cigarette.

La Dolce vita, plus tard, sur la télé de la chambre d’hôtel, et Anita sous l'eau qui ruisselle. Elle appelle Marcello. Elle apellera toujours Marcello.

Cet arbre sur lequel elle noue son papier et son désir. Je repense à la bouche à secrets d'In the mood for love, tout vers la fin, au milieu des ruines d'Angkor.

Ce rien qui enveloppe les silences, la distance, leur vérité. Pars, surtout ne te retourne pas. Reste. Cours. Rejoins la. Hurle. Deux corps qui se frôlent. Ris, tendrement, de la joie de l’évidence. Pars.

"Que tout le temps qui passe
Ne se rattrape guère
Que tout le temps perdu
Ne se rattrape plus…"

Le taxi attend.

"Je suis là
Je la suis
Je n'ose rien pour elle
Que la foule grignote
Comme un quelconque fruit"

Un film qui donne envie de tomber amoureux. Beau et rare comme la rencontre, la seule et unique, celle qui ne marchera jamais et dont on ne se remettra pas plus.

Ce qui se glisse entre les mots, les images et les êtres.

"E la sensualita delle vite disperate"


(OST : Nick cave - Love letter
avec des bouts de Paolo Conte, Brel et Barbara)

2 commentaires:

hellohlala a dit…

C'est un petit chef d'oeuvre Lost in T., et plus encore pour quiconque s'est trouvé perdu une fois dans une ville dont on ne sait rien de la langue (c'est assez rare en fait, mais c'est vrai qu'au Japon, même l'anglais ne sert presque pas).

Dès le début de ce film, l'hôtel est un bocal dont la sortie sera difficile.

PS. difficile de commenter sur Blogger, on ne peut plus voir le texte de la note. Lost in comment.

ubifaciunt a dit…

vi vi, c'est du tout beau, même pour quelqu'un n'ayant été paumé qu'à Bruxelles (ce qu'est déjà assez balèze...)