samedi, novembre 01, 2008

"C'est tout de même un peu incongru..."

Fin de soirée dans le métropolitain. C'était pas trop la night fever, night fever. Le changement à Bastille pour choper la une nous a mis au milieu d'une horde furieuse de honteux hommes verts. Hantise. On marche au milieu de six FAMAS (1) fièrement pointés vers le sol. Wilkommen in Frank(IIIème)Reich.

On catégorise à fond, en fait, ce soir. Avant on s'était tapés les Indo-Srilankais de La Chapelle et les bobos théâtreux venus voir Joël Pommerat aux Bouffes du nord (2). Avant, on avait vaguement cherché un fête sauvage trop hype dans le métro où devaient se presser les rédacs de Technikart et des Inrocks, mais qu'il y a eu trop de monde et donc que ça a été complètement foiré pour raisons de sécurité.

On va pour se rentrer, donc, et les militaires. Qui doivent rentrer à Vincennes, sans doute, après une dure journée à parader dans une quelconque gare. Six crânes rasés, si jeunes, oeil encore en service, sourcils fiers et inquisiteurs, le doux cliquetis des rangers dans les couloirs du métro.

Ligne 1, vendredi soir, 23 h30, de la mixité sociale en masse. Du jeune bobo qui va en teuf avec son méga pote tu vois quoiiiii, du vieux bourge en Loden vert qui rentre retrouver sa cheminée, son fauteuil Voltaire et sa grosse qu'il vient de consciencieusement cocufier sur les grands boulevards une demi-heure auparavant, du vieux punk de collec tout bourré que même à Hambourg il ferait peur aux dockers (3), du gaillard de banlieue de la Wesh-Coast, de l'élite de la France combattante qui s'est engagée et qu'a pas encore eu l'honneur de périr pour le drapeau dans une embuscade afghane, et nous, donc, aussi.

Et la scène. La photo à prendre. Les bobos tu vois quoiiiii se retournent et sourient, nous cherchent du regard, on mate et effectivement, oui, c'est trop la classe. D'autres gens, aussi. Un début de joie complice et bienveillante. 

Je sors l'appareil, m'approche. Le keupon est trop bourré et le militaire trop dans son rôle. One shot.

Retour sur la banquette. Montre la photo aux deux tu vois quoiiiiiii. Qui se marrent. Le Loden vert dit le plus sincèrement du monde à la cantonade que "C'est ça la démocratie". Un temps. Il se marre, puis nous regarde : "C'est vrai que c'est tout de même un peu incongru".

Tu m'étonnes, John.

Moment de partage à la con et essentiel entre des personnes qu'avaient rien à voir. Le punk descend à Nation, il a le pantalon de treillis aussi vert et camouflé que les autres mitrailleurs ; les tu vois quoiiiii et le Loden prennent la porte avant leur correspondance. On se salue, grands gestes de la main, ben ouais, a few minutes de bonheur un soir de Toussaint, et pas pensé à leur demander leurs mails pour leur envoyer la photo.

Le Loden vert doit retrouver sa grosse alors que nous finissons notre bière srilankaise au dessus du périph'. Il doit avoir le même oeil rieur que nous, il doit lui dire que parfois, malgré tout, c'est beau la France, elle ne comprend pas très bien, il repense au punk, aux gens du métro, à nous. Il replonge dans sa lecture du Figaro. Il rit.




























Du coup, le fantastique "Nous" des glorieux Ludwig von 88 est tout à faitement adéquat !




(1) : Oui, je t'ai déjà dit la signification de l'acronyme, Fusil d'Assaut de la Manufacture d'Armes de Saint-étienne. Tu peux briller maintenant au milieu de ton dîner à thème Vigipirate.

(2) : Je tremble (1 & 2), texte et mise en scène dudit monsieur. Si tu veux voir ce qui fait frémir le Tout-Paris en matière d'incompréhensible kitcherie qui se la joue post-moderne, vazy, fonce...

(3) : Qui pissent et qui pleurent sur les femmes z'infidèles toussa...

7 commentaires:

Usager RATP a dit…

Comme quoi, on peut se mettre au vert à Paris...

GrandK a dit…

Haha The photo du jour, tu vois quoi. :D

birahima2 a dit…

Ubi presents a humanity that oscillates between the marvellous, the pathetic, the derisory, the ridiculous and the tragic.

Ubi brings us into this universe where the precision of words, the mysterious beauty of the lighting force us to see and hear the true about human nature.

A montage to create a documentary political and militant blog, which deals with the reality of the world in different manner. The blog becomes the place for thruth, the place for resistance to the lies spread far and wide !

ubifaciunt a dit…

@ usager ratp : moi aussi solidaire, moi aussi pour la grève générale intergalactique illimitée !!!!

@ grandk : aprèls la chanson du dimanche, tu vois quoiiiiii...

@ birahima : my god, un discours d'Obama, courage, fuyons !!! Sarah Palin powaaaaaaa....

birahima2 a dit…

ah non , tu vas encore être plus vert Ubi,
c'est un mixed d'une critique people faite à Joël Pommerat pour Je tremble et à Falk Richter pour Das system.

J'aurais bien aimé voir les deux mises en scène, mais en fait ton billet , je l'ai trouvé génial.

Anonyme a dit…

elle claque sévère cette photo !! putain le métro me manque...
glucozze

ubi en speed a dit…

toujours en Touraine camarade ?