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mercredi, janvier 07, 2009

Lettre à (...), somewhere in Greece...

Cher-e-s ami-e-s,




Le froid sur Paris et sa banlieue ne fait pas oublier les quelques nuits de chaleur passées à vos côtés.

Un mois après, ne toujours pas savoir comment vous remercier. Vous remercier pour l’hospitalité, les restes de salade d’olive au matin, les traducteurs qui se proposent naturellement, les discussions du soir et (...). Vous remercier pour nos sourires. Nos doutes et notre confiance retrouvée.

Les bruits d’Athènes ce soir à la maison (1). Quatre heures de service public où la radio sait encore informer, évoquer, ne pas dire. Les slogans refont bander les poils de nos bras, les bruits nous maintiennent en alerte ; et la beauté de votre langue. Flics, gros porcs, assassins. Ces jours et ces nuits appartiennent à Alexis. Kouyias, ce n’est que justice que tu meures par ricochet.

Flics, gros porcs, assassins. Ces jours et ces nuits nous ont aussi un peu appartenu ainsi qu’à tou-te-s ceux-elles épris-es de cette idée de liberté. Il serait juste que d’autres que Kouyias meurent par ricochet.

Cette après-midi, on buvait le champagne à la maison avec (...). Mais là n’est pas la question. Avec ce gars de vingt ans, riche de peu de culture politique, nous parlions de vous. Nous parlions de ces jours de rage, de vos mots et de vos actes de soutien en novembre 2005. « Ce que propose ce monde doit être détruit » disaient Les Racailles athéniennes. « Et c’est bien le moins qu’on puisse faire ».

On causait des groupes super organisés, des pointeurs laser pour cibler les keufs, des habitants ouvrant leur porte aux émeutiers. De la guerre de rue.

Ses yeux brillaient, (...). Je ne sais si c’était le rêve de ces jours, le champagne qui monte, ou le simple fait de parler de ça dans la maison de (...). Mais ses yeux brillaient comme les miens hier au téléphone quand vous me disiez être en route vers (...) pour un « réveillon festif ».

Nous savons bien que rien ne s’est vraiment arrêté en Grèce, que rien ne s’arrêtera jamais nulle part, que de toute façon, rien ne sera jamais comme avant, que la vieille Europe croule vers son précipice. Que le murmure gronde, sourd et menaçant, de partout. Que nous en sommes. Que la menace rôde et la vengeance s’apprête.

(...)

Contre des flics qui tuent, des matons qui humilient, des banquiers qui profitent, contre des lâches qui se taisent.

D’Athènes aux prisons françaises, un monde vermoulu feint de trouver des solutions.

Concrètes.

Pragmatiques.

Nous sommes de plus en plus à savoir qu’il n’y a pas plus de problème que de solution.

Juste une forme de vérité.

Que nous sommes prêt-e-s, dans l’ombre de la nuit ou de (...), à révéler au grand jour.

Enfin.







A bien vite,

Bien à vous.




Ubi





PJ dans le colis :

- un bonnet phrygien
- une bouteille de Côtes du Jura, (du vin de Paille tant qu'à faire)
- le vinyle du nouveau Darc (qu'on écoute en dessous)
- (...)
- et d'autres jolies choses







(1) : Là-bas si j’y suis, Daniel Mermet, quatre épisodes téléchargeables par là...




Daniel Darc, Environ

samedi, février 09, 2008

brasier

"Il y a des vérités qui ne peuvent être révélées qu'à la condition d'avoir été découvertes.
Vous avez ouvert l'enveloppe, vous avez brisé le silence"

Wajdi MOUAWAD, Incendies




chère É,


Je n'aurais donc pas la joie de te faire découvrir l'incendiaire de Montréal que me fit découvrir une incendiaire de Montréal.

Si longtemps que nous ne nous sommes vus, que je ne t'ai vue, que nous ne t'avons vue, en fait, l'incendiaire et moi, première épreuve, comment faire comprendre ce qui nous unit à celle que j'aime, les mots de Mouchard après le Sacrifice de Tarkovski et ces vingt dernières minutes de feu, d'arbre sec qu'un gosse arrose, de cendres encore rougeoyantes de notre histoire.

"Adore ce que tu as brûlé, brûle ce que tu as adoré" qu'il disait, le saint Remi au Clovis demandant le baptème.

Pour une fois, ne rien brûler.

Une incendiaire de Montréal illumine ma vie, mes nuits, mon monde.

Burn, baby, burn. Incendies de Mouawad. Le livre que j'aurais aimé lire à Delphes, au matin, quand le soleil qui nait embrasse la montagne, la vallée d'oliviers et le théâtre, les pas dans les pas des petits pieds enflés d'OEdipe, je lisais Sophocle, il m'aurait fallu Mouawad, le monde qui nait à Delphes, à Montréal, à la prison de Kfar Rayat. Tous les matins du monde, dans l'espace sacré du vertige.

L'incendiaire pose ses valises, définitivement j'espère, début mars, à cent mètres de chez toi.

"Brûlé de plus de feux que je n'en allumais" que le Pyrrhus assène à la sourde Andromaque.

Ne pas contrevenir à ce qui reste de nos jolies cendres.

Et si nous n'avons plus de nuits où se parlent nos joies, nos angoisses, nos corps, je suis là, je sais que tu le seras toujours, non plus cet incendiaire phénix qui renaîtra encore, mais cette simple veilleuse qui éclaire et réchauffe et ne s'éteint jamais.



À bientôt, chère belle amie,


Ubi









Barbara - À chaque fois

lundi, octobre 01, 2007

les miroirs d'Oaxaca

(lettre écrite à l'intention d'une demoiselle croisée à l'occasion de quelques manifs, jamais pu lui remettre, si elle passe par ces pages...)



Mademoiselle,

L'actualité me rattrape en ce 10 décembre alors que je pensais commencer cette lettre autrement. Les miroirs d'Oaxaca s'effacent devant la grande nouvelle de la soirée : les disparu-e-s et les mort-e-s de Santiago rejoignent dans mon crâne ceux et celles qui luttent pour cette putain de terre mexicaine & ce foutu idéal de dignité, ils rejoignent vos yeux entraperçus lors de quelques manifs et ce débile espoir d'un monde (un peu) moins abject. Dieu est mort, l'Art est mort, Augusto Pinochet vient de crever, Ulises Ruiz is still alive.

Oaxaca et ses miroirs, donc, puisque ce salopard de Ruiz vient d'être évoqué, Ruiz qui n'hésite pas à envoyer la troupe pour mater une révolte de 500000 personnes qui dure depuis plus de six mois, les hélicos de nuit qui balancent les lacrymos quand certain-e-s osent braver le couvre-feu, les blindés qui encerclent la ville pour forcer des barricades qu'une rage a construites, des escadrons de la mort qui tuent et enlèvent celles et ceux qui ont l'arrogance d'exiger l'impossible, l'intelligence et la liberté.

Hélicos by night, pas de Wagner en fond sonore pour nous refaire le coup de l'Apocalypse, juste l'aveugle barbarie sous l'oeil de ces putains de projecteurs pour qui toute ombre est un-e supect-e et toute ruelle est crapuleuse.

Et les miroirs. Au bout de trois nuits de survols incessants, la Commune libre d'Oaxaca a décidé, pour dérisoire que cela paraisse, de donner à quiconque se promènerait la nuit un miroir, un miroir d'un mètre carré à porter à bout de bras. Dérisoire qui rejoint le poétique et l'essentiel. Quand une simple lumière renvoyée est sublime. Une demi-douzaine d'appareils se crashent en quelques nuits sous l'effet de simples miroirs.

Les hélicos ne survolent plus Oaxaca depuis déjà plusieurs semaines. Ici, on crève, on essaie tant mal que bien d'avoir quelques infos de là-bas, de savoir si la poésie des miroirs continue de mettre à mal la bête immonde, ici bientôt des élections, des banlieues qui crameront, quelques manifs sans intérêt, sans foi, sans passion, où j'espérerai vous croiser et retrouver vos yeux, miroir de mes miroirs.

Bien à vous,


nb (fuck the ps) : "Un salut et une fleur pour cette tendre fureur, je crois qu'elle les mérite..." sous-commandant Marcos


(OST : Cheb Hasni - Choufi oumri)

lundi, septembre 24, 2007

lettre ouverte à monsieur Fillon, premier ministre

« Les mots ne comptent pas ; ce qui compte, ce sont les réalités. »
François FILLON, 24 septembre 2007



Monsieur Fillon,

Votre déclaration au matin m'a tiré du sommeil alors que je m'étais endormi avec France-Un-Faux. Les mots semblent bien peu vous importer, ces mots que vous employez pourtant pour dire que la France est en faillite sans l'être ou pour motiver des préfets à rafler et expulser des sans-papiers.

Je passe sur l'insulte faite à tout-e-s ceux-elles qui s’acharnent à chercher le mot le plus juste, tout en sachant qu’il ne viendra jamais, à ceux-elles qui ne veulent pas avoir l’illusoire dernier mot. Je passe sur mes réalités qui sont, à n'en pas douter, bien différentes de celles d'un Premier Ministre.

A la terrasse d'un café de Belleville, je pense à ces personnes qui n'entreront pas dans vos statistiques.

Je pense à Lamine, jeune de 22 ans, mort dans un fourgon de la police nationale de France.

Je pense à Nelson, adolescent de 14 ans mort écrasé sur un passage piétons par une voiture de la police nationale de France.

Je pense à Ivan, gosse de 12 ans fils de sans-papiers, sorti du coma après avoir sauté d'une fenêtre pour échapper à la police nationale de France.

Je pense à cette femme sans-papiers de 51 ans dont on vient d'apprendre la mort alors qu'elle avait, elle aussi, sauté par une fenêtre pour échapper à la police nationale de France.

Je pense à ces libraires inquiétés pour avoir affiché sur leur devanture de ces mots qui ne comptent pas, des mots qui demandent des comptes à la police nationale de France.

Je pense à Bouna et Zied, comme tous les jours depuis deux ans.

« Les mots ne comptent pas ; ce qui compte, ce sont les réalités. »

On meurt beaucoup ces derniers temps, on saute aussi beaucoup aux fenêtres. L’appel du vide, sans doute. Le salut dans la chute. L’expression « mort de peur » au sens propre. « Les mots ne comptent pas. »

Je serai dans un peu moins d’une heure en bas d’une fenêtre, pour l’hommage rendu à cette femme morte. J’y retrouverai des ami-e-s, des inconnu-e-s, des compagnon-ne-s de lutte. J’y retrouverai la rage et le deuil. J’y retrouverai la police nationale de France.

Nous crierons sans doute que le Pouvoir assassine, nous crierons des mots que vous n’entendrez pas, nous crierons nos frères et nos sœurs mort-e-s, nous crierons les morts qui, pour vous, n’ont pas plus l’air de compter que les mots.


Ubifaciunt


nb : une dernière question, monsieur Fillon, dans vos statistiques, comptez-vous les mort-e-s comme « reconduit-e-s à la frontière ? »



(OST : Pigalle - En bas en haut)

lundi, septembre 10, 2007

Etre faits de l'étoffe dont sont tissés...

(Réponse à un commmentaire, y'en a tellement peu que je peux bien me permettre de faire un billet...)



chère Juliette,

Ca fait foutrement bizarre de commencer une lettre par "chère Juliette". D'emblée, être dans le mythe ; un peu comme écrire une lettre à Elise ou s'appeler Yseult et qu'un abruti se mette dans l'idée d'offrir des ronces plutôt que des roses.

Vaincre le cliché : Vérone, les familles, le poison, les z'amants z'éternels, et toutes les conneries ressassées depuis le grand Guillaume Agite-Poire. Tuer les mythes (et pas que celles de ma cuisine).

Magie cachée du ouèbe. Lancer des mots à la con, bouteilles à la mer, parfois lus et aimés par "anonyme a dit" ; enfin un peu de poésie, la réhabilitation de la lettre anonyme, du temps que l'on s'alloue, avant de choisir de (se) révéler, peu à peu, peu ou pas.

Brouiller les pistes. titiller. Je ne pense pas connaître de Juliette. Vrai prénom, pourquoi l'écrire tout de suite, premier commentaire ? Sinon, que deviner derrière ce pseudonyme volontairement provoc' ?

Et ces guillemets. Nous savons. Gauguin qui sert d'intermédiaire. Bieni joli choix de citation, mademoiselle. Et pourtant. "Sois bien". Injonction paradoxale diraient les camarades de Palo Alto. L'impératif ne pourra jamais m'y résoudre. Ailleurs, vers Vienne, "je suis bien, si bien...".

Au plaisir de te lire,
j'attends à mon balcon...

Ubifaciunt



(OST : Emir Kusturica & the No Smoking Orchestra - Was Romeo really a jerk)

"i'm not Romeo,
i'm not Romeo,
maybe you are Juliette
but i'm not Romeo..."

dimanche, août 12, 2007

Ame, te souviens-t-il...

"anche se ti ho fatto male
anche se ti ho esasperata"

On ne sort pas indemne de plus de deux ans de silence. On ne se remet pas d'une vie retrouvée. Il y a plus de deux ans, tes mots, ton silence promis ad aeternam, douceur et déchirement de l'adieu, promesse que je me suis acharné à vouloir croire éternelle, ne plus espérer, ne pas espérer.

"è difficile capirsi
è difficile aiutarsi"

On ne raconte pas deux ans de vie, on évoque tout au plus, forcément des rencontres, des ami-e-s qui disparaissent pour trop d'intransigeance, des petites morts au quotidien, le vin qui réjouit autant qu'il désespère, le silence et les questions, l'éternel Joe Dassin qui me demande "où es-tu, que fais-tu, est-ce que j'existe encore pour toi ?..."

"ma tu devi saperlo
io non so più come fare
non capisco questa vita"

Pas de faute, pas de salut, une vie à continuer de vivre, dans sa rudesse et ses merveilles, en ton absence. Quoi que tu fus toujours là, jour après jour, et même si c'est dérisoire et complétement con, pas une journée sans que je ne pense à ta présence, dans un quelque part dont j'ignore tout. Et tes mots voici un mois, ce "mox" qui n'est pas encore devenu "hodie", et c'est pas grave, même si l'impatience, un peu, quand même, depuis plus de deux ans...

"sono a tua disposizione
per la vita e per il cuore"

Ce rêve de Livourne, ce refus depuis plus de deux ans d'aller à Rome, ces chansons qui me restent, cette future merveille des peut-être retrouvailles, et se dire que même si rien n'aura été facile, plus de deux ans de silence après, voilà quoi, au-delà des mots et de nos vies, "anche se continuo a bere", le temps des cerises, la mia vita violenta...

"unir nos rires
et nos histoires
parler du pire
et de l'espoir..."

Sogni doro, ragazza,
tanti baci.


Ubi...



(OST : Piero Ciampi - Tu no)

dimanche, juillet 08, 2007

autoportrait

hommage à Georges de La Tour



(OST : Jean-Sébastien Bach - Passion selon Saint Matthieu, Erbarme dich)