Affichage des articles dont le libellé est barbara. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est barbara. Afficher tous les articles

samedi, novembre 24, 2007

dix ans (et une question)

24 novembre 2007, je me réveille avec FIP. "Du bout des lèvres". La journée s'annonce douce, belle, et froide.

Café.

Indymedia, comme d'hab'. Et cet article...





"Tout l'été de cette année s'est passé, dans la presse, dans le Monde, dans Libé, à tenter de définir l'identité française. On n'est pas sûr que les penseurs qui ont pensé pour nous aient réussi à y arriver. Le sujet était paraît-il d'actualité, il était aussi sans doute fortement conflictuel. La langue, la culture qui ossaturent supposément la chose sont sans doute pour quelque chose dans notre identité s'il y en a une. Mais bon ! ça fait peut-être un peu léger de se contenter de dire cela. Les cultures ne sont pas éternelles, on le sait, la langue elle-même est évolutive, et la langue est aussi largement concurrencée.

Une identité en deux mots est faite d'un présent-présent, d'un passé, pour autant qu'il est encore présent, elle est faite à coup sûr d'un futur également, car s'il y a dans l'identité du posé bien réel, il y a aussi du mythe, du rêve, de l'imaginaire, il y a de l'espérance, il y a des trous et du vide instauré. Etre français par exemple, c'est n'avoir pas de handicap franquiste, être français c'est avoir rejeté le pétainisme même si la France fut pétainiste dans les faits.

Dans l'identité, il y a du corps, des attitudes, du sentir et de la manière de penser, voyez si c'est simple ! Y a aussi des lieux communs, mais qui finissent par s'effacer. Y aussi des tas de trucs dans les tiroirs : Vieilles images, photos jaunies qui durent l'espace d'une grosse génération, probablement à peine plus.

Un ami africain, au bout d'une nuit bourrée définissait ainsi la francité : un ballon de côte du rhône, un oeuf dur à casser sur le zinc, une gauloise au bout des doigts : Ca se défend, est-ce que ça instaure pour autant une complète éternité ?

Ok encore pour le camembert, ok pour Descartes, ok pour le champagne, déjà ce n'est plus vrai pour la baguette et le béret basque.

Voyons d'autres détails encore, sont-ils plus probants !

Bien sûr ! qui, sans s'y attendre, n'a pas entendu, très loin, là-bas, à 13 000 kilomètres d'ici, un choeur chanter "A la claire fontaine", l'attrapant de dos, n'a pas subi l'épreuve vraie de son identité ! Les esprits forts diront : nostalgie perso sans plus !

Le Français, il est vrai, répétons-le n'a plus son béret basque, plus sa baguette sous le bras.

Ceux des péquins ordinaires, bourgeois petits et tellement tellement d'ouvriers, qui achetèrent Hugo en souscription de son vivant pensaient sans doute que le monde à eux étaient exactement fixé, le million qui l'accompagnèrent au tombeau le pensèrent plus encore. Le pensez-vous, le pensons-nous encore ?

Après le poète, il y eut les chanteurs et les lieux de l'identite : Bruant, Chevalier, Mistinguet, Tino, Piaf, Brel, Georges, etc. Montparnasse, Montmartre, Saint-Germain des près. Il y eut du ciné, des écrivains, etc., diverses célébrités de Raimu à Camus. Ces temps sont sans doute passés en même temps que passaient arrière-grands-parents, grands-parents, parents, et en même temps que nous passons un peu ou beaucoup nous-mêmes...

On ne sait plus en vérité ce que nous sommes exactement (on notera qu'on n'a pas dit, d'où venons-nous ? ou allons-nous ?).

Tiens je te pose une question.

Demain 24 c'est Barbara, dixième anniversaire de sa disparition, tu l'auras tout plein sur les ondes et tout plein sur les écrans. C'est quoi Barbara pour toi ? Une Oum Kalthoum à sa façon aussi vaste que la première, une deuxième Gréco ?"







  • Alain
  • merci pour le texte !

    mercredi, novembre 07, 2007

    la joie de vivre...

    Elle m'avait prévenu à peine rentré de Grèce. "Tu réserves ton mardi 6 novembre, 20 heures précises, place de Clichy, c'est une surprise."

    Et comme je kiffe les surprises, et comme je la kiffe, j'ai pas cherché à en savoir plus.

    Ce mardi, ce matin, l'impatience des 20 heures, la nuit fut belle et courte bikoz le Québec, les mots, et une autre que je kiffe. La gueule dans le cul toute la journée, le poids des cernes que je sens noircir sous les yeux. Et l'impatience.

    Coup de fil du T. à 19 heures, alors que je vais quitter le boulot "Putain, ils occupent la Sorbonne!!!". Yesssssss, le mouvement qui semble prendre, Tolbiac, Rouen, Toulouse, Rennes, et la Sorbonne, comme un symbole. Peut-être finalement que je vais juste choper la M. pour bouger dans une occup' ou une manif de début de mouvement ; je dis au T. que je le rappelle un peu plus tard.

    Un bonheur, une surprise et une joie, ça fait déjà pas mal pour une journée. Sourire niais du gars fatigué qui marche tel un robot dans les couloirs du métro.

    Place de Clichy. J'ai toujours aimé cet endroit qui sent le populo, le troquet à deux sous et le début du Voyage, quand le Bardamu s'engage, comme un con. Une place de Paris, si simple, qui ne cherche ni à montrer ni à convaincre.

    "Au numéro 7", m'a-t-elle dit. Ô mes théâtres, le néon rouge du Méry, et une simple affiche "Barbara, d'une rive à l'autre".

    Elle est un peu à la bourre, le spectacle commence à 20 heures pile, je pense aux copains-ines du côté du Saint-Michel. Une clope. M. qui m'invite qui m'invite à un concert de reprises de Barbara.

    La vie qui oublie parfois d'être une chienne.



    Spectacle inégal, des danseuses (!!!) qui ne servent à rien et semblent danser de la techtonik sur "Gare de Lyon", une vieille à la voix fausse de harangère massacre "Ma plus belle histoire d'amour", par contre le pianiste/accordéonsite assure et la plus jeune des deux chanteuses est vraiment, par moments, touchante.

    "Marienbad", comme un murmure, me fait tressailllir. La voix de la Barbich' en live fait résonner "A peine" alors qu'il est seul au piano à bretelles. Quelques moments d'oubli, où je ne pense pas à la manière dont elle l'aurait chanté, où le texte et le son prennent sens dans cette salle du XVIIème.

    Et puis, le miracle, le vrai, celui qui ne prévient pas et qui arrive, qui vient de loin, "le Mal de vivre", habité, vécu, vivant. Mes doigts suffoquent sous les soufflets de l'accordéon, la voix ne cherche pas, n'imite pas, mais vibre, pleure et caresse.

    Oh viens la vivre, viens la vivre, ta joie de vivre, ta putain de joie de vivre, de Rome ou d'Amérique, ou de la porte Saint-Martin. Ta joie de vivre.

    Pas de rappel, le spectacle sur le Beatles commence dans dix minutes. A l'Entracte, troquet culte à côté de l'Européen, quelques blancs, quelques bières, je m'étends sur la Grèce, Montreuil et la Sorbonne occupée. M. écoute, sourit, partage ces petits bouts de joie.

    La joie de vivre.

    lundi, octobre 08, 2007

    paumé dans la tradal...


    "Et la sensualité des vies désespérées"

    Pour la dernière fois, je me lève. Je lui donne en liquide les vingt euros rituels. J'ai dû lui parler mes désamours, de mes espoirs, de Wong-Kar Waï, ou de Barbara, pour changer. Je lui dis "à bientôt, peut-être". Je me taille, un peu obligé, un peu à regret. Il me salue, puis, dans le couloir, juste avant d’ouvrir la porte, "au fait, monsieur Faciunt, vous avez vu Lost in the translation ? Euh non… Voyez–le." Derniers mots.

    Quatre ans plus tard. Je ne l’ai jamais revu, je n’en ai pas vu d’autre, j’ai toujours une croume de 340 euros (ah, la culpabilité, la dette, tout ça…) et je viens enfin de voir Lost in translation. Juste en anglais japonais, version originale non sous-titrée quitte à être encore plus perdu dans la traduction.

    Le temps qu’il m’a fallu pour affronter ses derniers mots.

    Le temps qu’il leur faut pour s’affronter, cette première scène au bar, au bout d’une heure, ils se (re)trouvent, tant d’espace entre eux deux. Il lui allume sa cigarette.

    La Dolce vita, plus tard, sur la télé de la chambre d’hôtel, et Anita sous l'eau qui ruisselle. Elle appelle Marcello. Elle apellera toujours Marcello.

    Cet arbre sur lequel elle noue son papier et son désir. Je repense à la bouche à secrets d'In the mood for love, tout vers la fin, au milieu des ruines d'Angkor.

    Ce rien qui enveloppe les silences, la distance, leur vérité. Pars, surtout ne te retourne pas. Reste. Cours. Rejoins la. Hurle. Deux corps qui se frôlent. Ris, tendrement, de la joie de l’évidence. Pars.

    "Que tout le temps qui passe
    Ne se rattrape guère
    Que tout le temps perdu
    Ne se rattrape plus…"

    Le taxi attend.

    "Je suis là
    Je la suis
    Je n'ose rien pour elle
    Que la foule grignote
    Comme un quelconque fruit"

    Un film qui donne envie de tomber amoureux. Beau et rare comme la rencontre, la seule et unique, celle qui ne marchera jamais et dont on ne se remettra pas plus.

    Ce qui se glisse entre les mots, les images et les êtres.

    "E la sensualita delle vite disperate"


    (OST : Nick cave - Love letter
    avec des bouts de Paolo Conte, Brel et Barbara)

    mercredi, octobre 03, 2007

    l'ouverture, ça fait mal (surtout au début...)

    Un billet qui devait parler d'autre chose, pour une fois. Mais, ce matin, je lis ça.

    "Commentant les cent jours à la présidence de la République de Nicolas Sarkozy, Patrick Devedjian a déclaré : « Barbara aurait pu chanter : Quelque chose a changé »".

    Pied à pied. Face à face. Mot à mot. La guerre dans laquelle nous sommes plongé-e-s n'est, pour l'instant, qu'une guerre de mots. Pour l'instant. Pour inaudibles que soient nos réponses...

    Après Guy Môquet, après Louise Michel, après Antonio Gramsci, Barbara.

    Même plus la force d'en rire. Même pas envie de balancer la réplique culte d'Audiard sur les cons qui osent tout et que c'est même à ça qu'on les reconnait. Ca me rappelle la fois où le facho borgne était allé déposer un bouquet sur la tombe de Brassens pour saluer "un grand pourfendeur de la pensée unique".

    Putain, Barbara en ode à Sarko, bordel. Welcome in guedin's land. Le nid de coucous, à côté, c'est la petite maison dans la prairie.

    Y a des jours comme ça où un bon gros "nique ta mère" est la réponse la plus adaptée.




    Prochain-e-s mort-e-s sur la liste potentiellement récupérables : Louis Barthas, Auguste Blanqui, Pierre Bourdieu, Guy Debord (ah ouais, pas mal ça Debord, un petit truc bien placé sur le spectacle et la marchandise), Jean Genet, Michel Rocard (ah, non, pardon...), Simone Signoret, Boris Vian. On attend un ou deux ans avant de balancer Bakounine et/ou Marx. Parce que, hein, faut pas y aller trop fort au début.


    (OST : Barbara - la Solitude)

    lundi, septembre 10, 2007

    Etre faits de l'étoffe dont sont tissés...

    (Réponse à un commmentaire, y'en a tellement peu que je peux bien me permettre de faire un billet...)



    chère Juliette,

    Ca fait foutrement bizarre de commencer une lettre par "chère Juliette". D'emblée, être dans le mythe ; un peu comme écrire une lettre à Elise ou s'appeler Yseult et qu'un abruti se mette dans l'idée d'offrir des ronces plutôt que des roses.

    Vaincre le cliché : Vérone, les familles, le poison, les z'amants z'éternels, et toutes les conneries ressassées depuis le grand Guillaume Agite-Poire. Tuer les mythes (et pas que celles de ma cuisine).

    Magie cachée du ouèbe. Lancer des mots à la con, bouteilles à la mer, parfois lus et aimés par "anonyme a dit" ; enfin un peu de poésie, la réhabilitation de la lettre anonyme, du temps que l'on s'alloue, avant de choisir de (se) révéler, peu à peu, peu ou pas.

    Brouiller les pistes. titiller. Je ne pense pas connaître de Juliette. Vrai prénom, pourquoi l'écrire tout de suite, premier commentaire ? Sinon, que deviner derrière ce pseudonyme volontairement provoc' ?

    Et ces guillemets. Nous savons. Gauguin qui sert d'intermédiaire. Bieni joli choix de citation, mademoiselle. Et pourtant. "Sois bien". Injonction paradoxale diraient les camarades de Palo Alto. L'impératif ne pourra jamais m'y résoudre. Ailleurs, vers Vienne, "je suis bien, si bien...".

    Au plaisir de te lire,
    j'attends à mon balcon...

    Ubifaciunt



    (OST : Emir Kusturica & the No Smoking Orchestra - Was Romeo really a jerk)

    "i'm not Romeo,
    i'm not Romeo,
    maybe you are Juliette
    but i'm not Romeo..."

    mercredi, août 01, 2007

    merci Monsieur


    La dame en noir pour rendre hommage à l'homme en bleu...


    "Vous savez aujourd’hui
    Que de l’avoir perdu
    C’est lourd à supporter…"
    (Barbara, Madame)


    Zinédine,

    Je viens d’apprendre la nouvelle, en voyant la Une de L’Équipe au Champion de Josselin, Morbihan, Bretagne, France. Ce soir, à 19 heures 45, tu vas dire que t’arrêtes.

    Sur le chemin du retour, comme d’habitude, Barbara chantait dans la bagnole. Son plus bel album, sans doute, le live de 1967 à Bobino où elle enchaîne les chefs d’œuvre comme toi les passements de jambe, le plus naturellement du monde. Et, d’un coup, tout, ou presque, a pris sens sous ce ciel noir de l’Argoat, entre Oust et Brocéliande. C’est pour toi qu’elle chantait, Zinédine, pour la grâce, pour la beauté, pour le moment tragique de ce départ que je me suis acharné à ne pas vouloir imaginer. La pureté de la voix comme la pureté du geste, mes yeux qui s‘embrument et ce foutu ciel breton qui va se mettre à chialer, alliance de la beauté et du désespoir, éternelle tarte à la crème.

    Inutile, donc, de te dire de rester, on sait qu’on se quitte, on sait ce qu’on quitte, t’es pas du genre de Sheila à faire trente-cinq fois tes adieux pour autant de retrouvailles, ça serait encore plus glauque. Pardonne aussi à la rage du moment mais peut-être que, là-bas, dans ton Real pourri de stars et de fric, ce Real dont Franco était le premier supporter, peut-être que là-bas ils savent mieux t’aimer et qu’ils sauront mieux te retenir que nous, ce foutu Real que j’ai même commencé à aimer puisque, comme elle le chante: "C’est parce qu’ici ou là / Dans un autre pays / Pourvu que tu y sois / C’est toujours mon pays".

    T’auras beau protester, mais, avec toi, c’est bien plus qu’un simple joueur qui s’en va. Bon, j’ vais pas sortir les grands mots non plus ("Ma plus belle histoire d’amour, c’est...") bikoz’ je sais que t’aimerais pas, mais quand même, c’est une putain d’idée du sport et de la beauté qui se fait la malle au plein cœur du mois d’août. Note bien que j’me contrefous autant de tes deux buts contre le Brésil que de cette prétendue image de l’intégration dont des abrutis de politicards ou de sociologues n’ayant jamais été au stade, sauf, sans doute, pour une quelconque finale, nous ont rebattu les oreilles. Un exemple, donc, un seul, de ton génie, plus qu’une litanie de buts ou de gestes techniques à faire naître et se hérisser des tifs sur le crâne de Barthez ou à illuminer les yeux de l’ami Ray, l’autre Genius barré lui aussi dans les limbes de nos rêves envolés. Coupe du monde ’98, paumé au milieu de quatre Saoudiens, une passe de quatre-vingt mètres dans la course de Liza. Le stade met trois bonnes secondes à comprendre, à pousser un unanime "ohhhhhhhhhhhhhhh" d’admiration, parce que c’était voulu, parce que tu l’avais voulu. Tu l’avais souhaité autant que ce départ qui nous laisse comme deux ronds de flanc, unanime "ohhhhhhhhhhh" de tristesse et de désespoir, qui me fait hurler à la jeunesse envolée, aux amis perdus et au temps qui pourrit tout, qui va me faire devenir un vieux con puisqu’à compter de ce jour, je n’aurai de cesse de déclarer que tu fus le meilleur de tous les temps of ze world et à jamais.

    Tout ça parce que c’est toi, "parce que je t’ai-ai-meuh" (toujours Barbara), et que, à l’image de quelques autres compagnon-ne-s, certains soirs, le monde paraissait bien plus simple grâce à toi.


    P.S : une dernière pour la route, cher Zinédine, inutile de t’en indiquer la provenance...

    "C’est mieux, je crois,
    Bien mieux,
    De se quitter,
    Avant que ne meure
    Le temps d’aimer"

    dimanche, juillet 08, 2007

    dites je t'aime à l'homme / femme de votre vie

    “Nous nous avons nos matins blêmes
    Et l’aube grise de Verlaine
    Eux c’est la mélancolie même
    A Göttingen à Göttingen

    Quand ils ne savent rien nous dire
    Ils restent là à nous sourire
    Et nous comprenons quand même
    Les enfants blonds de Göttingen...

    ...Et tant pis pour ceux qui s’étonnent
    Et que les autres me pardonnent
    Mais les enfants ce sont les mêmes
    A Paris ou à Göttingen”





    Septembre 2005. Deux jours que je suis à la capitale : hommage obligatoire au pont Mirabeau, au camarade Apollinaire, aux ricochets de Brassens, à Paul Celan & aux enfants blonds de Göttingen. Bien sûr, ce n’est pas la Seine : de l’eau a passé sous le pont, ce n’est jamais le même fleuve qui coule. Lieu chargé de symboles, le réel bouffe l’imaginaire puisque sous ce pont abject où tracent les bagnoles, il n’y a pas la moindre pierre plate ni même le moins maudit des poètes. Apo est mort, Brassens est raide, Celan-le-noyé a été repêché il y a bien longtemps, les mots mentent & pourtant il faut continuer, nous ne savons rien nous dire & pourtant ce ne sera jamais la Seine & il pleuvra toujours sur Nantes. Les enfants blonds sont éternels : ils croient vaincre le temps, le silence & la nuit avec de simples mots ; les quelques adultes que j’aime sont comme ces gosses-là, à Paris & à Göttingen.

    Nous sommes en 1997. Elle vient de mourir & je ne sais pas encore que ma plus belle histoire d’amour, c’est elle. La une des journaux endeuille ce matin de novembre où je traîne avec deux amis. Je jette un œil indifférent & tente, à mon habitude, de balancer une phrase pseudo-définitive pour masquer mon manque d’assurance & mon inculture : "Pfff, de toute façon, à part l’Aigle noir qu’est super pourrie & Göttingen, elle a rien fait de sa vie." Pauvre con que j’étais, la vie s’est depuis chargé de me foutre la plus belle des tartes dans la gueule dans ma face puisque je regretterai toujours de ne l’avoir connue de son vivant, oh Seigneur ses concerts, & même si je n’ai pas changé d’avis sur l’Aigle noir, oh mon Dieu ses chansons.

    Bien sûr ce n’est pas la voix. Ruisseau de cerisiers en fleurs baigné de printemps, reflet du soleil qui vient de se lever, moment fragile qui déjà s’enfuit & sait devenir fleuve grondant charriant la boue & le dégel, les cadavres de nos angoisses & la violence de ce monde de taré-e-s.

    La seule à même de lutter contre mes terreurs quand Lexomil ou Deroxat me manquèrent. Oui, elle m’a sauvé la vie & la raison un soir de Nancy quand la chouille battait son plein à côté & que je m’étais enfermé dans la piaule pour l’écouter & pleurer.

    “Ils ont beau vouloir nous comprendre
    Ceux qui nous viennent les bras nus
    Nous ne voulons pas les entendre
    On ne peut pas on n’en peut plus
    Et tout seul dans le silence
    D’une nuit qui n’en finit plus
    Voilà que soudain on y pense
    A ceux qui n’en sont pas revenus
    Du mal de vivre”

    La seule à même de rajouter de la joie à la joie du matin au jardin quand mai apporte la plénitude de ses lilas & de sa douceur après un long hiver.

    La seule que je connaisse qui puisse être à la fois nécessaire à la nuit & à mes doutes, à l’aube & à mes illusions, à l’après-midi & au crépuscule, aux espoirs qui me hantent, au passé qui me mine & au présent que j’oublie de vivre.

    Bien sûr ce n’est pas la femme. Celle qui distribue des capotes dès 1984 lors de ses concerts ; elle qui a toujours chanté l’amour ne peut accepter une maladie dont on parle à peine & qui fait crever celles & ceux qui s’aiment, celles & celles qui s’aiment, ceux & ceux qui s’aiment.

    Celle qui chante une fois par mois en prison & qui est aussi intransigeante sur la température de sa loge que sur l’acoustique de la salle. Au directeur du Quartier de Haute Sécurité de Lyon qui s’offusque des 19°C & du tabouret rituels, elle répond que son public a partout droit aux mêmes égards. Un bouquet de roses portant la simple mention "Quartier des femmes, Fresnes" fut peut-être le plus bel hommage rendu à sa dépouille de novembre ; elle qui disait de Brassens qu’il grattait les cordes de sa guitare comme on secoue les barreaux d’une prison.

    Celle qui refuse obstinément de chanter en plein air & que Jean-Louis Foulquier parvient à convaincre pour une de ses Francofolies. Ce soir-là, les 5000 spectateur-rice-s présent-e-s jetèrent autant de roses sur la scène au début du concert.

    “Ce soir je vous remercie de vous
    Qu’on importe ce qu’on peut en dire
    Je tenais à vous le dire
    Ma plus belle histoire d’amour c’est vous”

    Bien sûr ce n’est pas l’indicible d’une minute ou d’une vie, moments de chansons ou larmes dans les yeux, c’est cet autiste dans l’hôpital de jour où bosse Jean-Charles & qui demande "le disque à moi" pour parler de l’Olympia ’69, c’est ce gars qui allait y passer six mois plus tard & qui pleurait dans les couloirs de la fac en me parlant d’elle, c’est Manu la théâtreuse se mettant dans sa loge avant chaque spectacle la Barbich’ des dernières années quand l’énergie & la rage suppléaient la voix, c’est une bretonne qui me prit un jour en stop dans son AX pourrie & qui n’avait qu’un immonde cassette de techno avec, au beau milieu de la face B, Attendez que ma joie revienne, c’est l’héroïne d’un polar épistolaire que je ne publierai jamais, c’est des gosses de 17 ans d’un quartier chaud à qui j’ai passé Göttingen en boucle entre Nanterre & Saint-Denis pour aller voir un match de foot entre la France & l’Allemagne au lendemain d’un 11 novembre, c’est le Dju & nos bourrages de gueule sur Drouot, c’est ces bars de Paris, Loctudy & Toulouse où le silence se fait quand sa voix couvre les odeurs de bière, c’est Thomas Fersen qui dit d’elle qu’elle est la plus grande chanteuse du monde puisqu’elle chante comme on berce un enfant, c’est Magik Mag la chanteuse de trip-hop draguée sur Meetic grâce à Dis quand reviendras-tu, c’est le Bobino ’67, plus bel album au monde, Madame enchaînée avec Parce que (je t’aime), une lettre à Zidane pour ses adieux & une cousine de 10 ans qui chante les Rapaces sous le ciel noir de l’Argoat entre Oust et Brocéliande, c’est toutes mes ex que j’ai saoulées & qui ont fini par reconnaître son génie à défaut du mien – sans doute Nihel & Karin pensent-elles un peu à moi au détour de ses chansons -, c’est tou-te-s celles & ceux qui la chantent, c’est ma mère & Madame, c’est Elise Samir Christiane Nadia Seb & Véro-la-si-loin, c’est le prénom qu’aura ma fille, c’est Flora la belle insoumise pour qui j’écris ces mots & que je n’attends pas au bout d’une ligne droite, c’est ce père inconnu à qui j’écrivis une fois pour demander de la thune & de l’amour & qui ne se rendra peut-être compte de mon existence qu’à l’heure de sa dernière heure, & pourtant je lui parlai de Nantes & des loups, de la pluie, des adieux & des je t’aime. Mon père, mon père. Il pleut sur Nantes, & je me souviens, le ciel de Nantes rend mon cœur chagrin.

    Kassdédis & inventaire à la con. Je n’y peux rien, elle m’accompagne tous les jours depuis bientôt dix ans, elle est indissociable de mes joies & de mes désamours, certain-e-s sont passé-e-s, d’autres continuent vaille que vaille à illuminer ma vie ; celles & ceux qui l’aiment ne peuvent être mauvais, c’est impensable, c’est impossible.

    Alors oui, les enfants ce sont les mêmes, sous le pont Mirabeau, à Nanterre & à Göttingen, quand je parle du bout des lèvres, tu m’entends du bout du cœur, ton image me hante, je te parle tout bas, voilà que sans savoir pourquoi soudain je ris, voilà que sans savoir pourquoi soudain je vis, ma plus belle histoire d’amour, ma plus belle histoire d’amour, ma plus belle histoire d’amour, c’est toi.