Affichage des articles dont le libellé est salut à toi. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est salut à toi. Afficher tous les articles

jeudi, avril 02, 2009

Dansons et rions un peu en attendant la mort








Faut que ça danse, bordel, ce samedi à Nanterre (pas mes rêves) !

Alors, de 20 heures au chant du coq , on y va.

Après le mythique Bal des pianos, après le Bal de la-France-des-Cavernes, le Bal Bardak vient visiter la Ferme du Bonheur pour la première fois.

Ouvert à tou-te-s et prix d'entrée à discrétion








(Ami-e bouletto-a de l'informatique, clique sur l'image pour les renseignements pratiques... Sinon RER A direction St-Germain en Laye, arrêt Nanterre Université, traverser la fac, se repérer à la musique bikoz' si tu continues tout droit, t'arrives à la maison d'arrêt...)






lundi, août 06, 2007

notes pour une semaine à la Khaima



ACTE I :

Salut-à-toi-Roger-des-Prés.

Les chèvres, l'âne, la tente et le thé à la menthe. Le bordel.

Tout commence à 22 heures, (la nuit qui tombe).

Hésitations sur le film : Mean Streets de programmé, opposition des gosses qui ne veulent que leurs daronnes voient ça, pourparlers, Les Choristes traînent malheureusement... Scorcese et De Niro passeront à 1 heure du mat', une fois les mères couchées.

Le spectacle de théâtre prévu sur Khaled Kelkal demain soir ne pose pas de problème ; le ciné est-il plus gênant ? distanciation, catharsis, spec(tac)ulaire ?










ACTE II :

Salut-à-toi-Roger-des Prés.

Lettre d'E. reçue de Grèce aujourd'hui ; elle me parle en silence et à demi-mot de la Méditerrannée, des oliviers, de la naissance de la démocratie. En pied de tour à Nanterre (pas mes rêves !), tout ce bordel qui me fait être algérien, grec, romain, sévillan. Toujours le thé, les femmes qui parlent, les gosses qui rient, tout ce qui se passe sur la place publique, la "cité" qui n'a jamais aussi bien porté son nom. 2500 ans d'histoire pour en arriver là (cf Perez-Reverte in le "Cimetière des bateaux sans nom"). Une idée de l'éternité.

16 heures, "les Cafards" de Mon Dragon résonnent à fond, puis l'Amsterdam du grand Jacques, puis du raï.

Toutes ces fenêtres ouvertes aux tours, un gosse qui me dit : "t'inquiète, si ça les dérangeait tant que ça, les volets seraient fermés".

La bouffe, P. qui ramène un putain de colmbo de poisson pour 100 personnes...

Des zikos gnawa, C. - handicapé pris en charge par la cité- rentre en transe sous le regard amusé et bienveillant des gosses.

Refaire mille fois le monde, tous ces débats qui ne trouveront jamais de réponses. La vie, la mort, tout ça...

Je repense à E., à sa lettre, à la Méditerrannée. Le programme de géo en prépa m'a appris que la Méditerrannée se définissait comme la zone où pousse l'olivier à l'état naturel. Truc magique que de définir un endroit par un arbre. Ces jours nanterriens où les oliviers...








ACTE III :

Salut-à-toi-Roger-des-Prés.

D. (de la mairie) qui m'engueule à mon arrivée. Rapport à la fête de quartier. Aucun lien. Rôle trouble de la municipalité sur la Khaïma, ou bien trop clair plutôt. Soutien d'opérette, rien de bien concret sinon des mots et un peu de matos, récupération maximale si ça marche, désengagement si ça foire, tout connement.

Ambiance un peu spé, l'attente, l'attente qu'il se passe quelque chosse, l'attente des gosses, l'attente de la bouffe, l'attente de la nuit, l'attente du spectacle, une sorte de vie qui se retient, en attendant...

Problèmes techniques (forcément que sinon c'est pas rigolo) avant le Khaled Kelkal. Pas de proj, pas de son, juste les deux comédiens en live qui jouent une interview donnée par Kelkal au Monde trois ans avant St Michel. Belle écoute, de l'attention, les gosses gravitent, se posent quelques instants, grapillent, repartent, draguoillent, rient, écoutent... Un barbu passe dans la nuit.

Rentré à 2 heures du mat', je prépare le CD pour la teuf disco de demain.






ACTE IV :

Salut-à-toi-Roger-des-Prés.

Last day, last words.

La chaleur, le monde dehors, le dernier jour, savoir que c'est le dernier jour, vouloir en profiter et se dire qu'il est déjà trop tard, qu'un bout de ça et de soi sont déjà partis, vouloir vivre qui empêche la vie.

Les gosses qui s'en foutent, chantent, dansent. S. avec son magique t-shirt "prends-moi, magazine des sexualités gay", ce qui fait hurler tous ses potes, lui qui s'en nevermind les bollocks.

Dernière bouffe, putain de tajine.

Titine, star locale du rap, balance son show, classieux, pêchu, fier, hardcore. Un DJ se ramène et enchaîne raï et pure funk, ça dansouille timidement, menace de descente de keufs que nous ne verrons jamais, on sort le champagne pour fêter la fin, Roger me demande où que j'ai foutu mon skeud des Bérus, un "salut à toi" entre les tours de la cité à 2 heures du mat', tout est consommé. Salut à la Khaïma.

Salut à toi, Roger des Prés...







(OST : Clash - Rock the casbah)

dimanche, juillet 08, 2007

salut à toi...



A Nanterre (pas mes rêves !), des fois c’est un peu le bordel. Parce que c’est une ville où tu ne peux pas être indifférent. Tu peux être pour ou contre, chaud ou froid, mais surtout pas tiédasse comme à côté, à la Capitâââle. Ca résiste, ça gueule, ça vit, c’est le sang du Front Populaire et des morts jamais comptés du 17 octobre 1961, de ceux de Charonne, des Enragé-e-s et des gosses de tiékar qui suinte de tous les pores de la ville. L’algérienne banlieue rouge qui nargue ces putes de Neuilly et de Saint Germain en Laye qui sont juste à côté. La rage et la révolte qu’ont pas encore baissé le poing. Alors, t’as le droit d’être un bâtard de sarkozyste pour peu que tu l’assumes. Et là, on va s’engueuler mais ptêt qu’on boira quand même un canon ensemble.

Et en ce moment, à Nanterre (toujours pas mes rêves !), c’est sacrément le bordel. Bikoz’ le trublion du coin, l’inénarrable Roger Des Prés va planter la Khaïma dans tous les quartiers cet été. Et faut bien le dire, le Roger, c’est un gars bizarre. Un génie, un fou, l’archétype de celui que tu n’oseras jamais être en poussant au plus loin le secret de tes en-vies. Le gars, il a installé une ferme un peu au bout de la fac, loin là-bas, où y a pêle-mêle des chèvres, des concerts de clavecin, du miel, du ciné d’auteur en plein air, des carcasses de bagnoles, un putain de potager, des vieux maoïstes, des fleurs, des mises en scène de Genet (pas les fleurs, hein, l’auteur) et des chouilles certains soir à te faire pleurer tellement c’est hors du monde. Un « artiste », quoi, un mec tel que les artistes devraient être.

Et donc, le Roger, pendant tout l’été, il va planter sa méga tente orientale, la Khaïma, en pied de tours, au cœur des Zones Urbaines Sensibles, des quartiers populaires, de là où gravite une foultitude de jeunes à casquette et à capuche par dessus la casquette. Il ramène les chèvres, of course, un spectacle sur Khaled Kelkal, la tambouille pour chaque soir et il attend aussi ce que les habitants et les passants vont ramener, comme ça, dans l’absurdité du lieu et l’évidence du partage. Entre autres. Bikoz’ faudra venir vivre pour voir. Une semaine non-stop dans chaque quartier à pioncer sur place avant d’emmener la caravane, la tente et les chèvres ailleurs.

Forcément, il a besoin de thunes pour son affaire. Et la municipalité, elle flippe un peu. Non seulement à cause du côté doux-dingue du Roger, un peu plus pour le spectacle sur Khaled Kelkal au milieu d’une horde d’habitants islamisés incapables de comprendre que le théâtre peut transcender quoi que ce soit et que c’est un peu le but premier qu’ils faisaient les Grecs demande à ceux qu’ont vu Electre pour la première fois tiens si ça les faisait pas flipper et réagir dans leur quotidien existentiel, et surtout parce qu’elle a déjà une sacrée expérience du gugusse en réunion. Qu’il gueule, qu’il monte sur la table, qu’il insulte, qu’il lui arrive d’être à poil sous sa djellabah et qu’il laisse remonter sa djellabah, qu’elles disent, les rumeurs. Alors, filer des thunes pour un mois complet d’animation estivale, pffffiou… Avec Khaled Kelkal en plus.

On se voit à quelques réunions municipales de préparation. Il est fort, le Roger, on sent qu’il sait où il veut aller et la part d’imprévu qu’il faut pour avoir à y aller. Il s’emballe, vitupère, s’ennuie, vit, risque, loin des comptes d’apothicaire du service culturel qui marmonne du bout des lèvres : « Nous avons décidé d’accorder tout notre soutien à ce projet ». D’emblée, il les calme « Ouais, mais j’ai pas eu les sous ». Ca transpire sec à Nanterre, chaude ambiance, les rumeurs d’annulation se succèdent, et puis finalement, non.

Je ne sais plus trop ce que je peux raconter pendant ces réus, sinon qu’à celle de mercredi dernier, avant d’examiner le cas du Roger, un obscur cabinet de consulting était venu faire une enquête sur les Contrats Urbain de Cohésion Sociale : le truc où la mairie file des thunes aux assoces si elles répondent aux critères définis par l’Etat. Parmi lesquels la « lutte contre la délinquance ». Et là, comme à chaque fois, j’ai bondi. Passkeuh si y a bien un truc qui m’énerve, c’est la lutte contre la délinquance. J’ai dû sortir mon laïus habituel, en étant bien calme de fureur contenue, que les mots sont importants, surtout en ces temps troubles, que si on entendait lutte contre toute forme de délinquance, y compris financière dans les boîtes genre Société Générale dont le siège social est à Nanterre, lutte contre la délinquance policière qui fracasse tout le monde sans raison comme la semaine dernière sur le quartier, alors qu’ici « lutte contre la délinquance » était l’exact euphémisme pour « permis d’incarcérer les jeunes à casquette qui zonent devant les halls d’immeuble », ce à quoi tout le monde pensait sans avoir les couilles ni les ovaires de l’assumer… J’ai évidemment pas eu le temps de finir ma phrase.

Coup de fil le lendemain alors que je suis dans le métro pour aller, une énième fois, tenter de refaire le monde avec ces vilains z’anarcho-autonomes que le joli Figaro a remis au goût du jour. Numéro que je ne connais pas, une voix enjouée et tonitruante me balance un « Salut à toi, Ubifaciunt, éducateur spécialisé à Nanterre ». Je le gratifie, reconnaissant la voix, d’un « Salut à toi, Roger Des Prés, de la Ferme du Bonheur ». Je tique un peu en entendant ma voix prononcer mes mots, c’est pas grave. On commence par tchatcher quelques instants des contraintes techniques de la Khaïma, puis il me dit en substance « Tu sais, à chaque fois qu’on s’est vu, j’ai trouvé ça intelligent et émouvant ce que tu disais, ça fait du bien… » Waouh, je rougis sans doute un peu, v’là le compliment quoi… Je laisse passer le premier métro, puis le second, la converse commence à durer, je remonte à l’air libre. Tout y passe, Beckett, les chèvres, les vieux cocos, les gosses qui sont les mêmes à Nanterre et Göttingen, on se fâche pour la forme sur une interview que Genet aurait, ou non, accordée à Têtu, on ne lâche rien histoire de dire, on va se revoir bientôt, oui, c’est cool, prochaine réu pour préparer la Khaïma, on y sera.

Un peu touché, quand même, que le gars Roger himself, tout ça, je lui avais pas filé mon numéro, il a dû demander à je ne sais qui, et puis cette joie de la discussion, et puis, quand même, hein quand même, un truc qui me chiffonne. Pas grave. On verra demain.

Je me répète le début de notre converse. Et puis l’illumination… Non, pas possible quand même que… Je me jette sur internet, googlise et finit par trouver. Putain, c’est lui… Les Bérus… « Salut à toi, Roger Des Prés, Salut à toi l’endimanché » à la fin dans le dernier couplet avec les sirènes de malade qui se ramènent, et Rantanplan, tout à la fin. Je lis, « LES ENDIMANCHES – Roger Des Prés et Jean Des Champs. Dans le milieu néo-punk branché de l'époque, ils détonnent aux côtés des futures Négresses vertes et autres Ludwig von 88, avec leur look de paysans vosgiens et leur apparence naïve de fils spirituels de Bourvil. On les retrouve à taper sur des tubes métalliques devant le Musée d'Art Moderne, puis avec leur accordéon au cinéma Le Zèbre de Belleville, accompagnés d'une titi parisienne Belle du Berry, future voix de Paris Combo. Ils amènent un air rétro mais authentique, un univers assez visuel proche de l'ambiance "Champêtre de joie" mais aussi d'Arletty et de Chaplin. Ils sortent un 45 tours, puis un album étonnant intitulé Le jardin potager chez Bondage Records. Première partie des Bérurier Noir en 1987 au Printemps de Bourges ».

L’homme fêlé auquel les Bérus et toute ma jeunesse rendent hommage sur Salut à toi, qu’a cherché mon numéro pour m’appeler et me dire que j’étais pas con. Putain de claque.

Salut à toi, ô mon frère
Salut à toi…


(OST : Bérurier Noir - Salut à toi)