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jeudi, novembre 15, 2007

ubi tumultum facimus, vitam appello, vol. II

(Clique on the texte pour mieux lire ce qui fait trembler le bourgeois...)


Manif de merde, hier. Heureusement qu' y avait les potes, les bières, les rumeurs sur la CGT, les articles du Figaro et une chouette lumière sur quelques photos... Et vive la grève, bordel de merde !


(Tremblez, anarcho-autonomes !)


(Journaleux, keufs ? de toute façon, ça revient au même...)


(Et oui, c'est ça la CGT mon garçon ; mais faut y croire quand même -je sais, c'est dur...-)





(OST : A las barricadas, euh non, Barbara - Göttingen)

lundi, septembre 17, 2007

ze Courbet crew...


A la base, j'aime pas trop aller voir les keufs, mais ce matin, j'étais obligé. Au comico du VIIIème, pour la peine, tant qu'à choisir. J'y vais pour refaire mes papiers, paumés depuis je ne sais quand et avoir quand même une chance de partir pour Athènes dans les deux semaines qui viennent. Je vais chez les policiers des riches parce qu'ils sont (un peu) moins casse-brunes quand t'as l'air présentable et qu'ils ne te prennent pas pour un dangereux anarchiste parce que t'es blanc en banlieue. Parce que les anarchistes, ils vont pas traîner chez les riches, ou alors seulement pendant les manifs.

La preuve, c'est que le comico du VIIIème est dans le même bâtiment que le Grand Palais, ce qui suffit d'emblée à classer le machin. Alors qu'à Nanterre ou à Montreuil, rien que de voir où sont les commissariats et dans quel état ils se trouvent, tu comprends presque pourquoi les keufs ils ont envie de taper. Et c'est une charmante demoiselle en tenue qui m'invite à patienter dans un canapé en cuir alors qu'à Nanterre, t'as le banc tout taggué si le stagiaire rouquin boutonneux a la chance de te le proposer.

Pas trop de confidentialité, je me trouve à moins de deux mètres des trois gens qui déposent leurs plaintes. Un Pakistanais qui s'est fait chourer son portable sur les Champs, une gamine qui s'est fait chourer son portable par son mec, et la bête de concours, le mec ultime que tu vois que dans les films. Le mec qui ne lira jamais le Figaro parce que c'est trop à gauche, le gars dont le brushing et la cravate en soie dégueulent le fric, le mépris, et l'assurance.

"- Comprenez-vous, Madame, ces gens ont tracé des signes à la peinture sur tout l'immeuble...
- (...)
- (...) Des graffs, comme vous dites ! Ils appellent ça de l'art, tout le quartier en est souillé...
- Et c'était des lettres ou des dessins ?
- A croire qu'ils ont voulu réaliser, je ne sais moi, une fresque...
- (...)
- Mais oui, je porte plainte, c'est une honte, un scandale ; j'ai essayé au réveil de gratter avec du papier de verre... Et en plus, il y avait des bouteilles de Coca jonchant le sol, et, croyez-moi, j'ai senti, et il n'y avait visiblement pas que du Coca dans ces bouteilles ! Et de l'urine par terre !!! On ne pouvait pouvait même plus sortir de chez soi... De l'art, grand Dieu, de l'art..."

Bon, là, faut quand même dire que je lutte pour ne pas exploser de rire... La jolie fliquette m'appelle et on commence à voir pour mes papiers quand j'entends la péroraison du gars à travers le plexiglas.

" - De l'art.. Et ils nous mettent Courbet au Grand Palais dans un mois. Courbet, une crapule, un vaurien, (un temps, puis, plus fort), un Communard au Grand Palais !!!"

Mais putain de fils de pute, et les rappeurs c'est des sauvages, et Van Gogh et Artaud c'est des oufs, et le blues c'est la musique du Diable, et... Vazy, nique ta mère, même pas envie de m'énerver. Le mépris. (Et Godard c'est un intello maoïste).

Je me retiens de ne pas me lever pour aller lui exposer ma vision du Gustave, des taggueurs et de la Commune face aux flics qui se marrent avec condescendance. Et puis non, je me résigne. Peut-être que je me fais vieux, que j'ai pas envie d'être à la bourre au boulot, pas envie d'être remarqué comme un dangereux anarchiste potentiel, mais j'ai surtout foutrement envie d'avoir mes papiers pour éventuellement être à Athènes dans deux semaines. Une certaine forme de lâcheté. Toutes les mauvaises raisons du monde.

Mais, mon bon Gustave, sois en convaincu, je serai le premier dans la file à venir te rendre hommage au Grand Palais. Et crois bien que les premiers trucs que je cramerai quand viendra ce damné Grand Soir, juste après l'immonde Sacré Coeur, seront la Colonne Vendôme et le comico du VIIIème...


(OST : Gil Scott-Heron - Home is where the hatred is)