Nous eûmes l'honneur d'être au concert-hommage à Allain, au Casino de Paris. Et tendre kassdédi à ceux-elles qui n'ont pu venir...
L'occasion de voir et d'entendre Clarika, Francesca Solleville, Alexis HK, Enzo Enzo, Amélie les crayons et surtout la bouleversante et la toujours jeune et radieuse Anne Sylvestre (1) reprendre les chansons du maître, l'occasion de pleurer une nouvelle fois en l'écoutant, l'occasion de prendre cette plutôt belle photo je crois.
(1) : On ne dira rien de la prestation effroyablement à gerber de ce pitre de Michel Fugain. Qu'il retourne faire comme son pote l'oiseau, loin, très loin de préférence.
On leur dira sur le fil du silence et de la dernière boutanche.
Sur un poumon, après le cancer et le prochain dernier verre, sur les ruines du grand Jacques, on leur dira à tou-te-s, à ceux-elles déjà venu-e-s te voir et ceux-elles pas encore, au Séb, au Dadu, à la Véro et au Dju, à peine besoin de murmurer aux autres.
On leur dira les arcs-en-cieux, les carnavaux, et la plus belle chanson du monde, on leur dira, celle qui semble venir des Marquises, les chants désespérés sont les chants les plus beaux, on leur dira.
On leur dira que tout se tient, sur deux notes de piano, une rime facile, ta voix d’outre qui tombe, on leur dira que le silence, le prochain dernier verre pour la route, que des mots savent encore éblouir le monde, des mots de pluie et de novembre, des mots qu’on lèche comme confiture sur les doigts, que le grand Jacques dort aux Marquises, que les feuilles mortes se ramassent à la pelle et que nous chanterons le temps des cerises.
On leur dira, doucement, les nuits où nous ne fûmes que trois, toi, la boutanche et moi, le concert où il pleut sur la mer et où Bilou boit dans des verres en pyrex, la bouteille se vide, le chat dort près du radiateur et s’en fout, le verre se remplit, le dernier pour la route.
On leur dira toute la tendresse du monde, toutes les aurores de Delphes et les aubes de Nanterre, toutes les boutanches enfin finies et celles qui restent à vider, toutes celles qui restent à aimer.
(Un peu la flemme pour écrire les z'aminches, vous devrez vous contenter des tofs et de la zique, voilà.)
Pigalle. Set un peu froid, et même si tous les tubes y passent, même si un bon gros son, pas tant d'émotion que ça de la part du Hadji qu'a quand même pris un sacré coup de vieux. Mais bon, Pigalle quoi...
Un des plus beaux textes au monde avec une des plus belles chansons au monde :
"Moi aussi, je suis un ivrogne. Je bois chaque fois qu'il le faut. Chaque fois que j'ai eu un peu d'argent entre les mains, je suis d'abord allé boire.
Quand le cahot des défaites infernales de tous les jours vous a jeté sous un pont, logeant sous un pont, nuit après nuit, dans l'odeur des excréments et de la pisse, en butte à la flicaille qui vient vous déloger à grands coups de godasses dans les reins, dites-moi : où trouver la force ?
Quand paraît le matin et que l'on n'ose pas ouvrir l'oeil, le lever vers le ciel, parce qu'on sait d'avance que le ciel n'a rien de bon à vous accorder, qu'on ne trouve même pas le courage de se mettre debout, parce qu'on sait d'avance que cela ne sert strictement à rien, dites-moi, quand on en est à se mentir à soi-même, à se gruger sur cette peur tortillante qui brinquebale dans la poitrine et que l'on voudrait prendre pour de l'indifférence, mes bons humains, dites-moi : à qui demander la force ?
S'il n'y avait pas alors cet alcool des mirages, ce gros pinard épais et noir qui ne coûte pas cher, ce litre qui ne quitte jamais la musette qu'on porte au dos, s'il n'yavait pas cette évasion, cette possibilité de se gaver, de se gorger, de se gonfler d'alcool jusqu'à en dégueuler et à en mourir - mais hélas cela n'arrive pas ! - pourrions-nous vivre ?
À qui demander la force de se regarder tel que l'on est, pendant des mois ou des années : manqué, raté, une loque, un débris, une miette, presque rien... À qui s'adresser, si l'on est un homme comme certains autres, malgré tout, qui a des tripes pour ressentir la douce beauté des soleils qui s'endorment dans le ventre ensanglanté des horizons éclatants, les pluies en gouttes d'or, les neiges dociles et pâles, la vie de notre mère la terre, en quelque sorte...
compagnon d'ivresse(s), fils de Brel, cancérique au dernier stade qui donnes peut-être ton ultime concert, icône, ami, poète, cher frère, maître à chanter de Jehan, Francesca Solleville, Loïc Lantoine, Romain Didier et des autres qui seront là ce 12 mars 2008, cher homme, auteur de la plus belle chanson de cul de tous les temps et de quelques autres merveilles,
je serai là...
cher-e-s ami-e-s,
compagnon-ne-s d'ivresse et du reste, fils et filles du pavé, de Brassens ou du reste, vous qui allez tou-te-s y passer tôt au tard, de cancer, du reste ou de la vie, ami-e-s, amours, frères et soeurs d'émotion et d'intelligence, sans foi ni loi, sans dieux ni prêtres cher-e-s vous, hauteurs de ma vie,
puissiez-vous être là...
Je viens vous voir
Bilou
Ton cul est rond
C'est peut-être
(dépêchez-vous, il ne restait que 163 places ce matin... à 27 neurones, je sais, mais ça vaut trop le coup...)